Airbus : le ton monte sur la menace des licenciements secs – LaDepeche.fr

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Le patron d’Airbus prépare les esprits à des départs contraints.

Baptisé Odyssey, le plan de restructuration d’Airbus entre dans sa dernière ligne droite. Et le ton de la lettre envoyée par Guillaume Faury, à l’ensemble des salariés, laisse augurer des négociations tendues. Le patron d’Airbus a notamment écrit : “Je veux être transparent avec vous ici : il me semble peu probable que les départs volontaires suffiront”. Sous-entendu : des licenciements secs sont à redouter.

C’est d’ici le 15 octobre que le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) doit être présenté dans sa version finale aux organisations syndicales. Pour mémoire, alors que la production d’Airbus a dégringolé de 40 % en raison de la crise qui frappe les compagnies aériennes, le groupe aéronautique prévoit de supprimer 15 000 emplois dans le monde dont 4 200 en France et 3 400 à Toulouse.

Force ouvrière, première force syndicale de l’entreprise, avait été la première organisation à exiger très tôt qu’aucun licenciement sec ne frappe la population de salariés. La CFDT porte aussi cette revendication et demande à la direction d’utiliser au maximum les outils mis en place par le gouvernement pour atténuer le choc. Une référence à l’activité partielle longue durée (APLD) qui peut aller jusqu’à deux ans pour protéger les emplois. Mais Airbus n’utilise cette APLD qu’au taux de 15 à 20 % pour 9 000 salariés uniquement issus des secteurs de la production. La direction “n’envisage donc pas d’utiliser tout le potentiel de ce dispositif proposé par l’État” regrette le syndicat. Il permet pourtant de sauver 1 200 postes. D’autres divisions comme l’ingénierie ou le support aux clients devraient être éligibles, selon le syndicat.

Pas d’accord de performance collective

La CFTC propose quant à elle la modération salariale pour éviter tout licenciement sec. Quant aux crédits débloqués par l’Etat pour accélérer la recherche sur l’avion vert, ils permettraient de sauver 500 emplois supplémentaires. Il resterait donc in fine 2 500 postes à supprimer en France. Or, le guichet de départs volontaires qu’a ouvert la direction des ressources humaines a déjà reçu à fin août 2 400 manifestations d’intérêt de la part des salariés souhaitant quitter volontairement l’entreprise. Le guichet reste ouvert jusqu’à la fin de l’année. La CFDT regrette que le nombre de retraites anticipées soit bloqué à 650 personnes alors que les volontaires seraient “plus du double”. Mais ce type de mesures revient cher aux entreprises qui y recourent, car elles aident par exemple les salariés à racheter des trimestres de cotisations de retraite. Dans ces conditions, la CFDT refuse tout licenciement sec tout comme un projet d’accord de performance collective qui rognerait “les statuts et avantages des salariés”.

Le syndicat met en avant une situation de trésorerie qui s’est nettement améliorée grâce à l’opération de “cash containment” déclenchée très tôt par la direction. Douze milliards d’euros devraient être économisés sur 2020 alors que l’équilibre de la trésorerie sortante et entrante sera retrouvé d’ici la fin de l’année grâce à des livraisons en légère hausse (lire encadré ci-dessous).

500 avions livrés en 2020

Guillaume Faury l’a écrit aux salariés vendredi: la crise sera plus profonde et plus longue que prévu. L’urgence cette année était d’éviter de brûler du cash. Sécuriser la trésorerie a été la priorité. Pas facile quand les livraisons passent de 70 avions par mois avant la crise à 39 en août dernier. Aujourd’hui, les plans de production laisse entrevoir 50 avions livrés par mois jusqu’à la fin de l’année, soit environ 500 sur 2020. Ce rythme permet à Airbus d’atteindre un équilibre fragile. Mais les sous-traitants n’ont pas cette agilité financière. La fin de l’année s’annonce très délicate pour toute la filière.

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