Attentats de janvier 2015 : les accusés se disent «impressionnés par la dignité» des victimes – Le Parisien

Au terme d’une bouleversante semaine de témoignages des survivants et des proches des victimes décédées de la première tuerie des attentats de janvier 2015, le président de la cour d’assises spéciale de Paris a donné la parole à ceux qui sont jugés. Tour à tour, en cette fin de journée de vendredi, les accusés — onze encourent vingt ans de prison, deux risquent la perpétuité et un autre est poursuivi pour un délit passible de dix ans — ont exprimé leur ressenti.

« J’aimerais dire aux victimes qu’elles ont beaucoup de courage de venir témoigner à la barre. C’est très fort émotionnellement, j’espère que ce procès leur apportera des réponses, qu’elles puissent faire leur deuil », commence Abdelaziz Abbad. Près de lui, Miguel Martinez se dit « impressionné par la dignité » des victimes : « J’étais anxieux à l’idée de croiser leur regard. Je n’ai vu aucune haine chez personne. »

«Une bonne chose que l’on puisse voir ces dessins»

« Moi, j’ai vu de la haine et de la colère que je peux comprendre. » Amar Ramdani prend la parole et évoque pendant plus de dix minutes son sentiment, à l’aise et d’un ton calme. « Venir parler ici, ça ne doit pas être facile. Je me suis senti comme un voyeur. Je ne les connais pas et ils viennent parler avec une voix tremblante et ils se mettent à pleurer. »

Maladroitement, l’accusé de 39 ans « félicite » Hélène, la fille du dessinateur Honoré pour son témoignage, « remercie la femme de Michel Renaud (NDLR : journaliste décédé), qui a dit avoir de la compassion pour nous. C’est la seule qui nous a regardés. »

Le détenu demande également à Sigolène Vinson, une des rescapées de la tuerie de Charlie Hebdo, de ne pas s’excuser d’avoir cru voir de la douceur dans le regard d’un des frères Kouachi : « Il ne faut pas s’excuser de chercher de la douceur au milieu de la douleur. »

Christophe Raumel, le seul accusé libre, s’avance à la barre et commente : « Eux, ils disent que c’est des survivants, moi je dis que c’est des bons vivants, note-t-il en cherchant ses mots. Après tout ce qu’ils ont traversé, tout le monde ne pourrait pas encaisser ça. Toute la force que je peux leur donner, je leur donne à tous. »

Tous se disent « choqués » par les images « dures » de la scène de crime dans la salle de rédaction de « Charlie Hebdo » diffusées lundi. L’un d’eux aborde les dessins des caricaturistes que la cour a pu voir cette semaine. Nezar Mickaël Pastor Alwatik s’étonne : « Je pensais pas que j’allais rire, sourire pendant ce procès. Mais ça a été le cas. Ça a été une bonne chose que l’on puisse voir ces dessins. »

«Je suis mal à l’aise», s’offusque une avocate des parties civiles

Et puis Ali Riza Polat prend la parole. Le détenu s’était fait remarquer le matin en explosant dans le box des accusés alors que Raphaël, le fils de Bernard Maris, terminait de témoigner. « Venez mardi quand y aura l’enquêteur de la SDAT (NDLR : la sous-direction antiterroriste). Je vais tout déballer », avait-il crié. Ces deux fils de p****, ces en***** de Kouachi, je les connais pas. Amedy Coulibaly, c’était mon ami, je le reconnais. »

Ce vendredi après-midi, il s’excuse : « Désolé pour mon comportement […] J’ai hâte que la vérité sorte. Les familles ont été très fortes. Je vais essayer… Pardon, je vais dire la vérité. Elle viendra à partir de mardi. »

Si le degré de sincérité des accusés est difficile à évaluer, du côté des parties civiles, l’expression de leur ressenti ne fait pas l’unanimité. Une avocate s’offusque : « Je suis mal à l’aise. Je peux comprendre que les accusés, dans le cadre de leur défense, veuillent se démarquer de ces faits graves, commence-t-elle. Mais je ne suis pas sûre que l’appréciation du témoignage d’une victime ait sa place ici. » Elle assène : « Quand on vend des armes et des kalachnikovs, ce n’est pas pour jouer au golf. »

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