Au procès des attentats de Paris, lémotion des accusés – Midi Libre

A l’issue d’une semaine d’audiences difficiles, au cours de laquelle la cour a entendu la douleur des familles des victimes et la souffrance des survivants, la parole a été donnée aux onze accusés.

Vendredi, en fin de matinée, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, l’un des accusés, très nerveux, Ali Riza Polat se lève soudain et demande à s’exprimer.

Surprise dans la salle d’audience. Le fils de Bernard Maris vient de bouleverser la cour en évoquant son père, journaliste assassiné à Charlie Hebdo. Celui qui est le seul à risquer la perpétuité pour complicité prend la parole et assure qu’il va “blanchir tout le monde”. Il se tourne ensuite vers l’un de ses coaccusés et lui glisse en se rasseyant : “Je ne peux plus me taire, ces gens me regardent comme si j’avais tué leurs enfants.”

Le président lui demande de se calmer, et annonce que tous les accusés pourront s’exprimer en fin de journée.

Je n’ai pas vu de haine dans les yeux des familles

Pendant une trentaine de minutes, ces derniers, qui n’ont pas prononcé un mot depuis lundi, vont donc avoir la parole pour clore cette semaine difficile. Le président Régis de Jorna explique : “Vous avez beaucoup entendu de choses, beaucoup écouté. Je vais donc vous laisser parler.”

Willy Prévost, qui a grandi avec Amedy Coulibaly, se lève et donne le ton de ce qui va suivre : “C’était dur, lâche-t-il, très dur.” Assis à sa gauche, Miguel Martinez, poursuivi dans le volet concernant les armes fournies aux tueurs, garde la tête baissée. Il dit : “J’ai été impressionné par le courage des familles des victimes. Je n’ai pas vu de haine dans leurs yeux. Moi, je ne pense pas que j’aurais pu faire pareil.”

Puis vient le tour de Metin Karasular, l’un des deux ressortissants belges soupçonnés d’avoir aidé à l’achat des armes.

Visiblement ému, il se tourne vers les parties civiles : “Moi, je suis musulman. Comment on peut tuer des gens au nom de Dieu ? Ça ne rentre pas dans ma tête. On soigne au nom de Dieu, ça oui. Je vais vous choquer peut-être, mais pour moi il n’y a pas de pardon pour ces gens ! Si j’avais su, je les aurais dénoncés.”

Faire rire même les accusés du procès Charlie! C’est la meilleure réponse au supposé racisme de @Charlie_Hebdo_ A côté de l’anticléricalisme, il y a toujours eu une vraie compréhension des discriminations subies ce qui les rend accessibles même aux complices des assassins. https://t.co/v17toSgxAj

— Gaston Cremieux (@GastonCremieux) September 11, 2020

Un peu plus tard, Amar Ramdani, les mains appuyées sur le rebord du box des accusés, cherche ses mots. Il explique combien les paroles des survivants l’ont touché. Il dit comprendre que Sigolène Vinson, survivante de Charlie Hebdo, ait vu “de la douceur” dans les yeux de Chérif Kouachi : “La douceur nous tient en vie, dit-il. On la cherche tous pour survivre.”

Le dernier à prendre la parole est l’accusé le plus discret depuis le début de ce procès. Habituellement figé dans le box, Nezar Pastor Alwatik a ri, jeudi, lorsque la famille de Charb a fait diffuser plusieurs de ses dessins. “C’est magnifique en vrai, j’ai appris à connaître Charb. Et je ne pensais pas que j’allais rire à ce procès !”

Les kalachnikovs, c’est pas pour jouer au golf !

Assis sur un banc à quelques mètres, Simon Fieschi, gravement blessé dans l’attaque, tient la main de la fille de Mustapha Ourrad, le correcteur de Charlie Hebdo, assassiné ce 7 janvier 2015. Ils ont les yeux fixés sur les accusés. À la fin de cette prise de parole aux airs de justice réparatrice, l’une des avocates des parties civiles lance : “Moi, je suis mal à l’aise, je dois le dire : quand on vend des kalachnikovs, ce n’est pas pour jouer au golf !”.

Réponse immédiate d’une avocate de la défense : “Tout le monde a le droit à la parole ! Et ces hommes sont encore présumés innocents.”

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