Avec «Challenges», LVMH veut étendre sa mainmise sur linformation économique – Libération

LVMH est tout près de renforcer sa présence dans le secteur des médias. Déjà propriétaire, entre autres, des quotidiens les Echos et le Parisien-Aujourd’hui en France, la multinationale de Bernard Arnault est en discussions très avancées pour faire son entrée au capital du groupe réunissant les magazines Challenges, Sciences & Avenir, la Recherche, l’Histoire et Historia. Tous ces titres devraient être réunis sous l’égide d’une même société par la même occasion.

Le patron de cet ensemble, Claude Perdriel, l’a dit à une partie de ses équipes vendredi, à l’occasion d’un séminaire rédactionnel, selon plusieurs sources internes. Il a fait état de l’existence d’une «lettre d’intention» dans laquelle LVMH exprimerait son désir de prendre 40% de ce groupe, avec un droit de priorité pour le rachat du solde si Perdriel décidait de céder le contrôle. Ce qui n’est pas écrit d’avance, selon l’industriel de 93 ans : il a assuré vendredi que sa famille pourrait continuer à présider aux destinées du groupe de presse à long terme. «C’est une fable», tranche un élu du personnel, pour qui LVMH a de très grandes chances d’être le futur propriétaire de ces titres.

Accord de principe

Contacté, l’entourage de Claude Perdriel modère les propos tenus la semaine dernière, évoquant un simple «brouillon» de lettre d’intention : «Rien n’est signé. Ce n’est pas une promesse de vente. Mais il y a un accord de principe avec Bernard Arnault», explique-t-on. De son côté, LVMH se contente de déclarer à Libé qu’il existe «des relations de grande proximité et de grande confiance entre Claude Perdriel et Bernard Arnault, depuis longtemps». On est loin d’un démenti… La formalisation de l’opération, dont le montant n’a pas fuité, n’interviendrait pas avant 2021. Elle n’est pas une surprise totale : dans une interview au Journal du dimanche en février, Perdriel avait évoqué la possibilité de s’allier à LVMH.

Le petit groupe de presse de l’homme d’affaires à la vie romanesque, cofondateur du Nouvel Observateur (devenu l’Obs) et propriétaire de l’entreprise SFA, connaît des difficultés financières depuis quelques années. Elles ont été aggravées par la crise économique liée au Covid-19 : les pertes devraient tourner autour de 6 millions d’euros en fin d’année, dont 4 millions émanant de l’hebdomadaire Challenges. Confronté à cette situation critique, Perdriel était allé, en 2017, trouver Renault pour l’épauler. Le constructeur automobile avait acquis 40% du capital. Mais à la suite de l’affaire Ghosn, il s’est définitivement retiré de l’affaire début 2020.

Palmarès annuel des grandes fortunes

En mettant un pied dans ce groupe, LVMH consoliderait fortement sa position dans l’information économique, dont il est déjà un acteur majeur grâce aux Echos et à Radio Classique. Ce n’est pas sans poser question d’un point de vue démocratique. Avec près de 190 000 exemplaires écoulés chaque semaine, Challenges est un magazine toujours puissant dans le domaine, libéral et pro-business mais reconnu pour son indépendance. Il est célèbre pour son palmarès annuel des «fortunes de France», dont le numéro 1 n’est autre que Bernard Arnault.

A la perspective de voir l’homme le plus puissant du CAC 40 arriver dans les parages, «on ne saute pas de joie, admet le représentant du personnel déjà cité. Mais la situation économique ne nous laisse pas vraiment le choix». C’est tout le drame de la presse.


Jérôme Lefilliâtre

Articles liés

Réponses