Biélorussie : Loukachenko remet son destin dans les mains de Poutine – Le Monde

Alexandre Loukachenko et Vladimir Poutine, le 14 septembre.

Alexandre Loukachenko a effectué en Russie, lundi 14 septembre, son premier déplacement à l’étranger depuis sa réélection contestée du 9 août. Rien ne dit que sa rencontre avec Vladimir Poutine aura un effet décisif sur son maintien au pouvoir. Mais au moins le président biélorusse a-t-il pu montrer qu’il était plus qu’un autocrate enfermé dans son palais assiégé, kalachnikov à la main. Comme si tout revenait à la normale, M. Loukachenko s’est même permis, dans les échanges préliminaires diffusés par la télévision russe, de disserter sur la sévérité de la deuxième vague de Covid-19, lui qui s’était distingué en niant l’existence de la pandémie.

L’image qu’aura donnée M. Loukachenko est surtout celle de sa déférence. Reçu à Sotchi, le sort réservé aux amis ou aux obligés, il a été accueilli sur le tarmac par un simple gouverneur régional. Au cours de leur bref échange devant les caméras, le chef de l’Etat biélorusse a remercié à six reprises son homologue russe, à tous propos, et redit l’amitié de son peuple pour le « grand frère » russe, une formule éculée mais qui ne peut que sonner doux aux oreilles de Vladimir Poutine.

A Sotchi, Alexandre Loukachenko a pu exposer une nouvelle fois sa vision très personnelle de la crise : « Chez nous, le week-end, les gens sortent dans la rue, et nous leur libérons une partie de Minsk pour qu’ils puissent circuler. » Malgré cette présentation bonhomme, qui oublie de mentionner la répression impitoyable des manifestations, leur caractère massif ou encore les tortures commises en prison, le Biélorusse continue de voir dans ces « sorties » le résultat d’un complot ourdi par l’OTAN, une manœuvre face à laquelle il convient de « ne pas répéter les erreurs de la seconde guerre mondiale en tentant d’apaiser l’ennemi » – autre douceur adressée à M. Poutine.

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Pour les observateurs, cette visite vaut confirmation : c’est à Moscou et uniquement à Moscou que M. Loukachenko voit son salut. Oubliées, donc, les accusations d’ingérence russes qui avaient précédé le scrutin du 9 août, oubliées les tentatives de se concilier les bonnes grâces des Européens et les années passées à éviter de se mettre dans la main du Kremlin. La reddition est complète, sans que son prix ne soit exorbitant pour Moscou.

« Ne pas être du côté du perdant »

Le président biélorusse a eu droit aux encouragements de rigueur de la part de M. Poutine : « Je suis convaincu qu’avec votre expérience politique vous allez atteindre de nouveaux horizons dans le développement du pays », a dit le président russe. Pour le reste, la partie russe avait averti qu’aucun accord ne serait signé, et aucune conclusion rendue publique. Au titre des annonces concrètes, Vladimir Poutine a seulement annoncé un prêt de 1,3 milliard d’euros, qui pourrait s’accompagner d’une restructuration de l’importante dette biélorusse. Les négociations engagées la semaine passée autour d’une reprise des livraisons d’hydrocarbures à prix réduits, qui ont depuis des années permis à la Russie de subventionner son voisin et d’acheter sa loyauté, vont dans le même sens.

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