Cancer de la vessie : 24 % des Français ne savent pas quels symptômes surveiller – 20 Minutes

Illustration du cancer. — Pixabay
  • Le cancer de la vessie, 7e cancer le plus courant en France, touche entre 13.000 et 15.000 patients chaque année et reste très méconnu du grand public.
  • Un sondage réalisé par Opinion Way pour Merck et l’association Cancer Vessie France indique que seulement 28 % des Français connaissent ce type de cancer.
  • Facteurs de risque, symptômes, traitements… Un patient et un oncologue rappellent auprès de 20 Minutes les informations importantes pour mieux sensibiliser la société à cette maladie.

« J’ignorais que ça existait, le  cancer de la vessie, je ne savais même pas que c’était un muscle !, confie Frédérick Merlier. On entend parler du cancer du sein, du poumon, de la prostate, du pancréas… Mais la vessie, pas tellement. » Depuis cinq ans, ce quadra a peaufiné ses connaissances, bien obligé quand, à 41 ans, on lui découvre une tumeur à la vessie. Il décide de monter en 2017, avec d’autres patients, une association, baptisée dans un premier temps
les Zuros et devenue Cancer Vessie France, pour partager empathie et savoirs. Egalement pour sensibiliser le grand public à une maladie méconnue.

En effet, selon une enquête*  Opinion Way pour l’Alliance Merck-Pfizer et cette association, révélée en exclusivité par 20 Minutes, les Français partagent un certain nombre de préjugés sur cette pathologie. Certes, 68 % ont déjà entendu parler du cancer de la vessie. Mais seulement 28 % disent savoir très bien de quel type de cancer il s’agit. Et quand on regarde dans les détails, quelques vérités méritent d’être rappelées.

Des préjugés sur le cancer de la vessie

Cette pathologie touche majoritairement les hommes, plus précisément 4 hommes pour une femme. Et les personnes de plus de 70 ans. Deux notions qui semblent plutôt acquises, si l’on en croit cette enquête. En revanche, seule la moitié des Français (58 %) est d’accord avec l’affirmation que c’est un des dix cancers les plus courants, alors que c’est le 7e pour les deux sexes.

Plus grave, 24 % ne savent pas quels symptômes surveiller pour prévenir cette pathologie. Et seulement 61 % estiment que la consommation de tabac est une cause importante… alors que c’est le facteur primordial, responsable de deux tiers des pathologies. « Les gens pensent également que c’est un cancer qui se soigne bien (deux tiers des personnes interrogées), alors que ça dépend de la profondeur et de l’étendue de la tumeur, insiste Frédérick Merlier. Si elle est superficielle, les chances sont meilleures. » En revanche, quand la tumeur a atteint les couches profondes de la vessie, le pronostic est beaucoup plus réservé. « Dans 20 à 30 % des cas, la tumeur qui était superficielle infiltre le muscle, souligne Yohann Loriot, oncologue à l’hôpital Gustave Roussy. Et parmi ces patients, 50 % ont des métastases, un stade qu’on ne sait pas guérir aujourd’hui. Il y a à peu près 5.000 décès par an en France. »

Sensibiliser pour éviter le retard de diagnostic

Ce que ce médecin comme ce patient espèrent, c’est faire passer un message important : il faut consulter quand on trouve du sang dans ses urines. Car le retard de diagnostic est très courant. « J’avais une envie fréquente d’uriner, alors j’ai consulté, mais je n’ai pas eu d’alerte, raconte Frédérick Merlier. Huit ans plus tard, j’ai découvert un saignement urinaire. Je n’ai pas cherché à comprendre, je suis tout de suite allé aux urgences. Malheureusement, ils n’ont rien vu. On m’a renvoyé chez moi. Quand j’ai eu à nouveau des saignements, l’urologue m’a prescrit une échographie vésicale, qui dévoilait un polype. Dans mon malheur, j’ai eu de la chance, c’était une tumeur superficielle et peu agressive. Et surtout, j’ai réagi très vite. »

Le problème, c’est que reconnaître ce cancer n’a rien d’évident. « Dans l’immense majorité des cas, le symptôme numéro un, c’est du sang visible dans les urines, explique Yohann Loriot. Or, cela peut avoir d’autres explications : calculs rénaux, infections urinaires… » Certaines patientes risquent donc de passer à côté, pensant avoir une infection urinaire chronique ou des règles décalées…

« Souvent, les patients négligent des saignements dans les urines, nos patients arrivent à l’hôpital parfois six ou neuf mois après le début des symptômes, reprend le médecin. La vessie n’est pas un organe noble, alors que le cerveau est associé à l’intelligence, le cœur à l’amour… »

« C’est une tumeur qui évolue vite »

Voilà pourquoi il semble urgent d’informer le grand public. « Il y a peu de cas (entre 13.000 et 15.000 par an en France), on n’en parle peu dans les médias. Il n’existe pas d’opération grand public pour soulever des fonds pour la recherche (comme Movember pour le cancer de la prostate ou
Octobre rose pour le sein), regrette le médecin. C’est un manque, parce que si on arrive à prendre en charge ce cancer assez tôt, on peut garantir un taux de guérison élevé. Or, c’est une tumeur qui évolue vite. »

D’autant que les traitements seront beaucoup moins lourds si on prend la maladie de façon précoce. « Les cancers les plus graves se traitent par une chirurgie, on enlève la vessie et les patients se retrouvent avec une poche urinaire », souligne l’oncologue. Et une qualité de vie diminuée. Surtout, le médecin rappelle que, malgré le Covid-19 et
la nouvelle flambée des contaminations, les patients ne doivent pas fuir les cabinets médicaux. « L’hôpital est organisé pour recevoir les patients. Il vaut mieux consulter pour infirmer ou confirmer un diagnostic de cancer ».

« Tu ne perds pas tes cheveux, c’est pas un vrai cancer »

L’association espère, avec ce sondage, déconstruire certains clichés. Quand le diagnostic est tombé, Frédérick Merlier a cherché des oreilles compatissantes et des témoignages optimistes. « La famille éponge une partie du choc, mais pas tout, souffle-t-il. Les collègues estiment qu’on peut reprendre le travail : “tu ne perds pas tes cheveux, c’est pas un vrai cancer” ». Il découvre alors un forum anglais, Fight bladder cancer, où les patients s’épaulent. « Je me suis dit que ça serait bien que ça existe en France. » Aujourd’hui, son association, la seule sur le cancer de la vessie, compte 530 membres sur 
la page facebook et une centaine d’adhérents. « C’est important de mettre des mots sur les maux. Il y a des gens qui sont forts, d’autres qui s’écroulent. Mais discuter avec d’autres patients, ça permet de voir que certains ont encore une vie, peuvent faire du sport… »

L’autre objectif de l’association, c’est d’alerter autorités et opinion publique sur le problème des pénuries de médicament. « Il fallait faire du lobbying pour sensibiliser sur notre double peine : vous avez un cancer et pas de bol, le traitement n’est pas disponible. Je vous dis pas l’état psychologique des patients… » Quel type de médicament manque à l’appel ? Etonnamment, un vaccin…

« Dans les trois quarts des cas, la tumeur est superficielle, explique l’oncologue. On l’enlève et après, on fait une chimiothérapie ou on utilise le vaccin BCG atténué, injecté dans la vessie, ce qui stimule le système immunitaire local et diminue le risque de récidive. » Or,
le BCG a connu des pénuries 
depuis 2016​.

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