Covid-19 et grippe : pourquoi les médecins redoutent un cocktail explosif – Le Parisien

Automne 2020, un patient chez son médecin avec fièvre, toux, fatigue. Grippe ou Covid-19? « C’est là toute la difficulté, relève le virologue Vincent Enouf de l’Institut Pasteur. Mais s’il est vacciné, il sera plus facile d’éliminer la première option. » La vaccination contre la grippe saisonnière − dont la campagne débute mi-octobre − outil dans la lutte contre le coronavirus? Médecins, scientifiques, politiques sont de plus en plus nombreux à soutenir l’idée. Non pas que le vaccin contre la grippe protège du Covid. Non. Mais il pourrait limiter la cohabitation des maladies, tant redoutée par les soignants. Sur l’hiver 2018-2019, l’épidémie, pourtant courte, de grippe a touché à elle seule 1,8 million de personnes, en a tué 8100 et conduit en réanimation près de 2000. Or le défi majeur est la préservation de nos capacités hospitalières.

Covid-19 et grippe : pourquoi les médecins redoutent un cocktail explosif

Autre objectif, prévenir les embouteillages monstres dans les laboratoires pratiquant les tests PCR, tant les premiers symptômes des deux pathologies peuvent se ressembler. « Et puis, disons-le, vivre deux épisodes simultanés, Covid et grippe, peut être mortel pour des malades. Quand le corps a déjà mené une gigantesque bataille, il est difficile d’en entamer une autre. Vous ne jouez pas la finale de Wimbledon, le lendemain de Roland-Garros! », clame Jean-François Mattéi, ancien ministre de la Santé et actuel président de l’Académie de médecine.

«On s’organise pour vacciner plus»

En juin, la Haute autorité de santé a estimé qu’il fallait poursuivre l’orientation vaccinale en vigueur en France, en ciblant les personnes âgées, obèses, avec des maladies chroniques et les femmes enceintes (soit 12 millions d’assurés invités à se faire immuniser gratuitement). Jean-François Mattéi va plus loin. « Il faut la rendre obligatoire pour les plus de 65 ans et pour les soignants. » Une idée reprise ce week-end par Renaud Muselier, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où le virus continue de se propager trop rapidement. Dans le Parisien-Aujourd’hui en France, l’immunologiste de renom Alain Fischer, appelle, lui, l’ensemble de la population, enfants compris, à se protéger de la grippe.

« Attention tout de même. Le risque d’une incitation trop large est de ne pas avoir assez de doses pour vacciner les plus fragiles », nuance Carine Wolf-Thal, la présidente de l’Ordre des pharmaciens, dont les officines sont sur les chapeaux de roues. « On s’organise pour vacciner plus, reprend-elle, et pensons qu’il faut multiplier les vaccinateurs. On peut imaginer une combinaison test PCR et vaccin grippe effectuée par les pharmaciens biologistes », propose-t-elle.

Covid-19 et grippe : pourquoi les médecins redoutent un cocktail explosif

Mais face à une population historiquement réticente à la vaccination (seules 46,8 % des personnes à risque de complications ont reçu l’injection lors de la saison 2018-2019), les autorités de santé vont devoir redoubler de pédagogie. Comment ? Mystère, aucune des instances sanitaires contactées n’a été en mesure de nous expliquer la stratégie à venir.

Articles liés

Réponses