Covid-19 : la cacophonie des scientifiques – LObs

Après les valses-hésitations du gouvernement et ses injonctions contradictoires, après le grand show de l’hydroxychloroquine, le bal des tribunes de scientifiques est ouvert… Et il donne le tournis !

C’est d’abord, le 11 septembre dans « le Parisien », celle d’une trentaine de chercheurs, d’universitaires et de médecins qui critiquent le discours « anxiogène » du gouvernement et remettent en cause la légitimité du conseil scientifique, ce comité d’experts mis en place en mars dernier par l’Elysée pour piloter la crise sanitaire du Covid. A écouter l’épidémiologiste Laurent Toubiana, « la menace à l’heure actuelle n’existe pas, on la fabrique ». Mais deux jours plus tard, dans « le Journal du Dimanche », un petit groupe de médecins appelle au contraire à la plus grande vigilance face à la deuxième vague qui s’annonce, et invite les Français à limiter les rassemblements privés…

6 graphiques qui prouvent que la reprise de l’épidémie de Covid est vraiment « préoccupante »

Qui croire ? Que croire ? Comment se déterminer entre ces blouses blanches souvent plus péremptoires les unes que les autres ? Pour ajouter à la confusion, 200 médecins viennent de ressusciter la guerre entre les pro et les anti-Raoult en appelant le Conseil de l’Ordre à laisser en paix le druide de Marseille et sa potion magique…

Ils sont urgentistes, infectiologues, épidémiologistes, professeurs, bref, des experts patentés. Mais à force de parler tous en même temps, de se contredire, de se disputer à longueur de colonnes et de talk-shows, de s’invectiver sur les réseaux sociaux, ils nous égarent. Masques nécessaires ou inutiles ? Confinement efficace ou superflu ? Deuxième vague ou fausse alerte ? Tests pour tous ou réservés aux cas suspects ? Bombardés de courbes et de statistiques – sujettes à toutes les interprétations – sur le nombre de cas dépistés, d’hospitalisations, d’admissions en réa, de morts, on s’y perd.

Le village gaulois d’Astérix

Voudrait-on semer le trouble dans des esprits déjà perturbés par des mois de communication erratique qu’on ne s’y prendrait pas autrement. A l’aube de la deuxième vague annoncée, la communauté médicale ressemble au village gaulois d’Astérix, s’empaillant sur la fraîcheur du poisson d’Ordralfabétix. Traversée de courants, divisée en chapelles où l’on semble quelquefois plus soucieux de son ego que de ses patients, elle n’en sort pas grandie. Dans un contexte de défiance générale vis-à-vis des institutions, de mise en doute de la parole publique, on n’avait pas besoin de ça.

20 ans devait être le bel âge. Et puis, il y a eu la crise du Covid

Entendons-nous. Il est toujours intéressant de voir des scientifiques prendre position et nourrir le débat. Pas question, bien sûr, face à un virus dont on ignore tout ou presque, d’étouffer la controverse, les voix discordantes. Mais ces sachants et ces savants ne pourraient-ils pas, face aux ignorants que nous sommes, essayer de dégager quelques idées claires au lieu d’ajouter à la cacophonie générale, s’accorder sur un message un tant soit peu cohérent ? Ou, au moins, puisqu’il n’y a pas de certitude face à l’inconnu, faire preuve d’un peu d’humilité ?

Pr Gilles Pialoux : « La France n’a pas de politique claire de dépistage du Covid »

Rien de tout cela ne serait grave si cette cacophonie de blouses blanches ne contribuait à nourrir les théories du complot qui ont flambé avec l’épidémie. Comment s’étonner que certains rejettent tout en bloc, refusent le port du masque, louvoient avec les obligations sanitaires, se méfient – 41 % des Français selon un récent sondage Ipsos – du principe même d’un vaccin ? Gilles Pialoux, le chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon, à Paris, appelait il y a un mois, sur France-Inter, les scientifiques invités dans les médias à s’exprimer avec plus de clarté et de cohérence sur l’épidémie. Pour l’instant, il n’a guère été entendu.

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