Covid-19 : les anticorps disparaissent-ils avec le temps ? – Libération

Question posée par Céline le 09/09/2020

Bonjour,

Vous nous demandez s’il est vrai que d’anciennes personnes contaminées peuvent présenter un test sérologique négatif. On sait désormais que la grande majorité des contaminés au Sars-Cov-2 produisent des anticorps spécifiques contre le virus. Ces anticorps (IgM et IgG) sont détectables grâce à des tests sérologiques. Mais précisons tout de suite que la quantité minimale d’anticorps neutralisants nécessaire pour être protégé contre une réinfection n’est pas encore connue.

«Avec les tests sérologiques, vous testez les anticorps produits par l’organisme contre le virus, c’est l’immunité adaptative humorale, l’une des trois composantes de la réaction immunitaire. Comme cette immunité est adaptative, elle prend un certain temps. Entre cinq et six jours. Elle est détectable à partir du septième jour environ, mais on recommande de la doser à partir du quatorzième jour afin d’être sûr de repérer tout le monde, car la production d’anticorps varie énormément d’un individu à l’autre», explique Cédric Carbonneil, chef du service d’évaluation des actes professionnels de la Haute Autorité de santé. Il rappelle aussi que, pour l’heure, le test sérologique est considéré comme «un complément de diagnostic», pour lequel le test par RT-PCR est privilégié. Il ne faut donc pas effectuer ce type d’examen trop tôt après la contamination, au risque d’obtenir un faux négatif.

«Diminution des neutralisants dans les deux à quatre mois»

Quant à la durée de vie des anticorps dans le sang, elle varie fortement en fonction des virus. Pour la rougeole, par exemple, des anticorps neutralisants (qui permettent de lutter contre l’infection) sont produits tout au long de la vie après une infection ou une vaccination, contre quelques mois pour une grippe. «D’emblée, on avait quelques inquiétudes avec le Sars-Cov-2, car avec ses cousins le Sars-Cov-1 et le Mers, on avait une immunité de quelques mois à quelques années. Par ailleurs, les coronavirus et les responsables des rhinites, des infections virales hivernales, ne donnent pas de protection immunitaire à long terme», poursuit Cédric Carbonneil.

Il y avait donc plus de probabilités pour que la quantité d’anticorps diminue rapidement. Or plusieurs études publiées depuis le début de la pandémie ne font que renforcer ces craintes. «A ce jour, on sait que l’infection Sars-Cov-2 est capable d’induire une production d’anticorps neutralisants chez la plupart des patients. On commence à avoir quelques éléments soumis à controverse sur la durée potentielle de protection. Plusieurs études ont mis en évidence une diminution des neutralisants dans les deux à quatre mois suivant l’infection. Un article indique qu’il y a une baisse des anticorps au bout de deux mois. Un autre plus récent a indiqué que la durée de vie des anticorps neutralisants serait de deux mois et une disparition au bout de quatre mois. Il y a aussi eu le cas d’un patient réinfecté. L’hypothèse globale qui prévaut, c’est qu’on serait sur une production d’anticorps à quand même assez court terme», indique toujours le responsable de la HAS.

«Production d’anticorps réactivée»

En France, l’Institut Pasteur et le CHU de Strasbourg étudie l’évolution du taux d’anticorps d’anciens contaminés. Une première étude menée sur 160 membres du personnel hospitalier a été publiée en juillet 2020 et une autre est toujours en cours. «Dans la première étude, on savait qu’à partir de la date des premiers symptômes, dans une période entre vingt et quarante jours, on voyait encore une phase d’augmentation. La production d’anticorps correspond à une courbe en forme de cloche. On a étudié la première la phase de croissance, là on étudie la deuxième», explique Olivier Schwartz, responsable de l’unité virus et immunité à l’Institut Pasteur.

D’après les résultats préliminaires de la seconde étude, la quantité d’anticorps diminuerait en moyenne de 50% au bout de trois mois. «Nous avons observé une chute des anticorps anti-Sars-Cov-2, voire une négativation complète de la sérologie. Cela veut dire que chez ces personnes, les anticorps sont en quantité très faibles, et qu’ils deviennent indétectables par certains tests. En revanche, cela ne veut pas dire qu’elles ne sont plus protégées, car lors d’une nouvelle rencontre avec le virus, l’organisme devrait réactiver la production d’anticorps», explique Samira Fafi-Kremer, directrice de l’institut de virologie de Strasbourg. Un test sérologique négatif ne signifierait donc pas forcément que la personne n’est plus protégée.

«Les anticorps sont produits par des cellules [les lymphocytes B et T, ndlr] qui peuvent s’activer ou se réactiver et en “produire” à nouveau en cas de nouvelle rencontre avec le virus, mais cela reste d’une durée limitée. Et c’est bien là le souci : d’une réponse anticorps envers un microbe à celle envers un autre microbe, les durées de cette mémoire varient énormément», résume Frédéric Altare, immunologiste et directeur de recherche à l’Institut national de la santé (Inserm). C’est ce qu’on appelle l’immunité cellulaire. Un autre versant de la réponse immunitaire dont l’efficacité contre le Sars-Cov-2, encore méconnue, et qui n’apparaît dans les tests sérologiques pratiqués actuellement.


Emma Donada

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