Covid : quest-ce quEuroMomo, le site dont parle Raoult au sujet de la surmortalité ? – Libération

Question posée par Sophie le 08/09/2020

Bonjour,

Vous nous sollicitez concernant une intervention du professeur Didier Raoult, le 7 septembre, sur Sud Radio.

Interrogé sur la surmortalité causée par Covid-19 en France, il déclare : «Pour avoir une idée réelle de la mortalité en France et de ses conséquences, je vous conseille de regarder un site, qui s’appelle – il a un drôle de nom – Euromomo. Vous y avez la cinétique de tous les morts, pays par pays. Vous avez les morts par tranche d’âge. Et vous voyez ce qui s’est passé par rapport aux autres années et par rapport à la moyenne des autres années.»

EuroMomo est une contraction de European mortality monitoring (surveillance de la mortalité européenne). Il s’agit d’un réseau statistique qui compile les statistiques de la mortalité dans 24 pays ou régions fédérales d’Europe, dont la France. CheckNews vous en parlait quand nous essayions de déterminer si la surmortalité donnait le vrai bilan du Covid-19.

Z-score

Au sujet de ce qu’on trouve sur le site d’EuroMomo, Didier Raoult énonce : «Ce qui s’est passé, c’est qu’il y a eu, en mars-avril, un pic [de surmortalité] qui était supérieur au pic que l’on avait l’habitude d’avoir en hiver. Je crois qu’il était de 23 % alors que le maximum qu’on avait eu c’était 17 %.»

En fait, EuroMomo n’évoque pas des pourcentages de surmortalité. Ni des valeurs absolues, pour ce qui est de la comparaison des pays entre eux. Notamment parce que certains pays ne souhaitent pas voir exposés au grand jour le nombre de leurs décès quotidiens (le réseau n’a pas non plus le droit de les communiquer aux journalistes).

EuroMomo utilise un indicateur plus fin, bien connu des statisticiens : le z-score. Pour simplifier, cet outil, calculé de manière hebdomadaire, permet de ne pas estimer la surmortalité par rapport à la seule mortalité moyenne des années précédentes (ce serait un pourcentage), mais de tenir compte aussi de la dispersion des données autour de la moyenne, c’est-à-dire des variations, parfois fortes, de la mortalité hebdomadaire.

Le z-score varie généralement entre -2 (légère sous-mortalité) et 2 (légère surmortalité). Un z-score supérieur à 2 est anormalement haut. Au-delà de 7, c’est un «excès fort», selon le site d’EuroMomo. La surmortalité est en «excès extrêmement fort» au-delà de 15.

Le pic de surmortalité de la France arrive en semaine 14 (30 mars-5 avril). Il ne s’agit donc pas d’un excès de 23 %, mais d’un z-score de 24,03. Pour comparaison, selon l’INSEE, l’excès de mortalité que la France a enregistré sur cette semaine du 30 mars au 5 avril était de 56 % (+6 730 décès hebdomadaires).

Pic et mortalité

«Les deux seuls pays qui en Europe ont eu des pics plus élevés que nous, ça a été l’Angleterre et l’Espagne à un moment donné», poursuit Didier Raoult. C’est également imprécis.

Le professeur marseillais oublie la Belgique. Au moment où la France a un z-score de 24,03 l’Espagne atteint 43,58. La semaine suivante, le z-score anglais est de 38,74 et celui de la Belgique est de 25,07. C’est ce que montre le graphique ci-dessous, construit à partir des données disponibles sur le site d’EuroMomo en date du 11 septembre (la Grèce devrait aussi y figurer, mais ses données étaient indisponibles au moment de l’écriture de cet article).

Précisons que le seul examen du pic atteint par le z-zcore de chaque pays pendant l’épidémie ne permet pas de déduire qu’un pays a eu davantage de surmortalité qu’un autre sur la période.

Ainsi, l’Italie enregistre seulement un pic à 16,96 (semaine 14). C’est nettement moins que les pays précédemment cités. Mais cela ne veut pas dire que l’italie a connu un moindre excès de morts sur la période. Notamment parce que ce pic a été plus étalé.

Cordialement


Fabien Leboucq

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