Des conférences pour éduquer les Français en matière dépargne – Le Monde

Les « Rendez-vous de l’épargne » se dérouleront sous forme de visio-conférences en raison de la situation sanitaire.

La question suivante a été posée au printemps dans une enquête commandée par la Banque de France : « On vous propose un placement sûr pour lequel votre argent n’est pas bloqué. On vous annonce que ce placement rapporte un certain taux d’intérêt par an. A partir de quel taux pensez-vous que la proposition est probablement trop belle pour être vraie ? »

Taux moyen évoqué par les répondants : 3,75 %. Et même plus de 4 % pour les 45-64 ans. Soit bien plus que la rémunération actuelle du Livret A (0,50 % net depuis février 2020) ou des fonds en euros de l’assurance-vie (1,33 % brut en 2019 en moyenne selon Facts & Figures), deux placements au capital garanti et sur lesquels l’argent reste disponible.

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Les épargnants croient-ils au Père Noël ? En tout cas, il y a un besoin « d’actualiser leurs repères (…), le monde a beaucoup changé, on ne peut plus attendre d’un placement sans risque un rendement à la hauteur de ce qui était attendu auparavant », expliquait le 10 septembre Claire Castanet, directrice des relations avec les épargnants à l’Autorité des marchés financiers (AMF), lors d’une conférence de presse.

« Le contexte de taux d’intérêt bas » est venu « brouiller les cartes pour l’épargnant français », soulignait de son côté Nathalie Beaudemoulin, directrice du contrôle des pratiques commerciales à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

Près de 40 webinaires

Toutes deux s’exprimaient à l’occasion de la présentation aux médias d’un cycle d’une quarantaine de conférences pédagogiques sur l’épargne que les deux organismes, AMF et ACPR, organiseront entre le 15 septembre et la fin de 2020, avec l’appui de la Banque de France, qui pilote la stratégie nationale d’éducation financière lancée par Bercy fin 2016.

La tenue « dans tout le territoire » de ces « rendez-vous de l’épargne » avait été annoncée dès novembre 2019 par Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, des finances et de la relance, pour « apporter des éclairages sur l’évolution du contexte économique de l’épargne et des produits d’épargne ». Covid-19 oblige, c’est finalement via Internet que le grand public pourra y assister, et non en présentiel, même si chaque conférence sera organisée depuis une ville différente, dans les succursales de la Banque de France.

Pour les vingt-sept premiers webinaires, qui débuteront chaque fois à 18 heures, les inscriptions sont ouvertes sur Mesquestionsdargent.fr. Ils seront interactifs – après une courte introduction sur l’environnement économique et financier et une présentation d’une heure sur l’épargne, il sera possible de poser ses questions.

Il s’agit de donner des « informations simples, pratiques et neutres sur les produits d’épargne », indique la page d’inscription des événements.

Notions de base et vigilance face aux arnaques

Dans le détail, deux « ambitions » sont citées sur le site. La première : « fournir des clés de compréhension pour permettre à chacun de se poser les questions adaptées avant de réaliser un placement », en abordant « les notions de performance, de risque, de liquidité et de diversification ». La seconde : « renforcer la vigilance des épargnants face aux arnaques financières » – ces promesses trop belles pour être vraies, justement…

Alors que le taux d’épargne des ménages a été considérablement dopé ces derniers mois par le confinement et les incertitudes sanitaires et économiques, un troisième objectif surgit toutefois dans le communiqué publié pour ce lancement : « sensibiliser le grand public au rôle de l’épargne dans le financement de l’économie, en particulier en période de relance ».

Les rendez-vous de l’épargne « apporteront des réponses concrètes pour faire que l’épargne soit un levier de la relance économique », écrit Bruno Le Maire.

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Ces mots font écho à la volonté de mobilisation de l’épargne des ménages affichée le 3 septembre dans le plan de relance, qui passerait notamment par la création d’une « garantie publique » pour des placements labellisés « France Relance », qui seraient identifiés comme « les plus pertinents pour une reprise durable de l’économie », dans le but d’inciter les ménages à s’orienter « vers les financements de long terme utiles aux PME et ETI ».

La direction de l’éducation financière de la Banque de France assure cependant de son côté que le « message » des conférences se veut intemporel, que ces dernières n’ont pas pour objectif d’orienter les épargnants vers des produits spécifiques et que les « considérations politiques » n’y auront pas leur place.

Education financière : trois nouveautés pour les jeunes

Un des piliers de la stratégie nationale d’éducation financière lancée en 2016 cible spécifiquement les jeunes.

Si, pour ce public, les actions d’envergure se sont fait attendre plusieurs années, les mois à venir doivent voir trois chantiers se concrétiser, indique Mark Béguery, directeur de l’éducation financière à la Banque de France.

  • Côté collège, cinq académies (Limoges, Créteil, Rennes, Dijon et Nancy-Metz) expérimenteront entre novembre et janvier 2021 le « passeport d’éducation financière » – un enseignement de deux heures visant à sensibiliser des élèves de quatrième aux questions de finances personnelles. L’idée étant, si le test est concluant, d’élargir ce « brevet du budget » à 10 % des classes de quatrième en un à deux ans.
  • Dès novembre aussi, une dizaine de missions locales (organismes accompagnant les jeunes dans leur insertion sociale et professionnelle) proposeront aux 16-18 ans déscolarisés un module d’éducation financière. « Le but est de généraliser au plus vite » cette action, précise M. Béguery.
  • Enfin, un module de deux heures sera proposé lors du service national universel, à partir de juin 2021, sous la forme d’activités ludiques cette fois.

Trois dispositifs qui doivent faire en sorte qu’à terme, chacun reçoive, au moins une fois avant son entrée dans la vie active, les « bases » en matière de gestion de budget, épargne, moyens de paiements, etc.

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