Disparition du sociologue bordelais Didier Lapeyronnie – Sud Ouest

C’était un sociologue respecté et un professeur marquant. Les étudiants qui ont suivi ses cours se souviennent de sa capacité à faire comprendre de manière posée, concrète, l’histoire et la signification de concepts aussi abstraits que société, communauté, universalisme, émancipation… Il donnait des clés de compréhension dont l’usage serait durable.
Né en Dordogne en 1956, Didier Lapeyronnie est décédé samedi à Bordeaux. Il avait fait ses études à Sciences-Po Bordeaux et à la faculté de sociologie, puis consacré sa thèse à la CGT. Ce sont surtout ses travaux sur la jeunesse, la ségrégation urbaine, les quartiers « d’exil » qui lui ont valu une reconnaissance internationale dans le monde des sciences sociales.

“Ghetto urbain” en 2008

Plusieurs de ses ouvrages sont devenus des références, comme « Les Individus et les minorités, la France et la Grande Bretagne face à leurs immigrés » (Paris, Puf, 1993) ou « Ghetto urbain », paru chez Robert Laffont en 2008. Dans ce livre, issu d’une enquête de terrain de cinq ans, Didier Lapeyronnie éclaire sur la façon dont se constituent les ghettos, comment les identités se construisent dans un contexte où le travail ou les classes sociales ne permettent plus aux individus de se définir.

“Un style”

Il a longtemps enseigné à la fac de socio à Bordeaux, à Sciences-Po aussi, avant de rejoindre, en 2007, la Sorbonne. Chargé de recherche, au début de sa carrière, dans le laboratoire d’Alain Touraine à l’École des hautes études en sciences sociales, il avait pour compagnons de route Michel Wieviorka, ou François Dubet, dont il était proche. « Je l’ai eu comme étudiant, il avait dix ans de moins que moi. Des étudiants comme Didier Lapeyronnie, je n’en ai pas vu beaucoup! Au-delà d’être un bon élève, il avait une vraie personnalité intellectuelle, un style, explique François Dubet. C’était un homme doté d’une culture exceptionnelle, sociologique, littéraire… Et il était intellectuellement courageux, résistait aux conformismes qui sévissent parfois dans le monde universitaire ».

« C’était un sociologue fin et profond, un penseur exigeant en même temps qu’un grand chercheur de “terrain”, auteur de livres et articles de référence, à l’échelle internationale » a pour sa part écrit, ce lundi sur Twitter, Michel Wieviorka.  

Articles liés

Réponses