Ecouvillon, verdure et répit, une journée de repos pour le Tour de France – Le Monde

Covid-19 oblige, on a bien cru ne pas avoir de Tour de France en 2020. Et puis, avec deux mois de retard, et une bulle sanitaire plus tard, voilà les coureurs de la Grande Boucle embarqués pour 21 étapes et 3 484 km sur les routes de France. Petit aperçu de la journée à venir.

  • Au menu du jour : pause en Isère

La bulle sanitaire est-elle toujours aussi hermétique ? Qui dit journée de repos dit, période oblige, journée de tests. Coureurs, staff, organisateurs, prestataires : tout le barnum du Tour va souffrir de l’écouvillon. La première phase de contrôles avait été plutôt concluante : six membres de la caravane « seulement » avaient été déclarés positifs à l’île d’Oléron. Aucun coureur parmi eux, mais des membres de l’encadrement d’équipes, un prestataire technique et Christian Prudhomme, le directeur de course. Ecarté de l’épreuve depuis, le patron a été remplacé cette semaine par François Lemarchand. Manquerait plus que celui-ci soit touché.

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Celui qu’on rêvait sur le podium des Champs-Elysées nous étonne désormais d’être toujours présent lors de la deuxième journée de repos. En 2020, Thibaut Pinot n’a pas laissé le temps à ses supporteurs de rêver en jaune. Le Franc-Comtois est tombé dans la première étape et a lâché dans la huitième. Encore à la peine au sommet du Grand Colombier, le 13 septembre (49e de l’étape à plus de vingt minutes), le trentenaire débutera la dernière semaine à une anonyme 31e place au général.

Mais il est toujours là. Tout aussi incapable de rester aux côtés de ses voisins habituels de peloton dès que la route grimpe que d’abandonner dans cette édition qu’on disait tracée pour lui. Un orgueil, et du repos, à le faire triompher ? A regarder le programme du dernier tiers de compétition, il est des étapes taillées – normalement – pour ses jambes. Col de la Madeleine, Méribel, plateau des Glières… Voilà des montées qui ne peuvent que l’inspirer. A défaut de maillot jaune, quel éclat aurait une victoire d’un jour. Qu’il nous fasse exploser Marc Madiot !

  • Le vainqueur de la raison

En parvenant au sommet du Grand Colombier dans les délais, dimanche, Sam Bennett a franchi une sacrée marche vers le maillot vert. L’Irlandais porte déjà la tunique récompensant le leadeur du classement par points, mais ses difficultés en montagne et le parcours accidenté de cette levée 2020 pouvait l’empêcher de rallier Paris dans les temps.

L’Arc de triomphe est encore loin pour le coureur Deceuninck-Quick Step, mais le repos dans l’Isère et le soutien inconditionnel de son équipe lui permettent de rêver en vert. Et de ravir un maillot que Peter Sagan a remporté chaque fois qu’il finissait une Grand Boucle, soit à sept reprises, un record. Deuxième, à 45 points de Bennett, le Slovaque paraît trop juste pour le grand huit, et moins rapide que la concurrence dans les sprints. A moins que la montagne n’ait raison de son adversaire.

Même quand on s’appelle Pierre Rolland, l’attaque n’a plus sa place sur le Tour. Le roi de la giclette a pris la bonne échappée dimanche, sur la route du Grand Colombier. De jambes et du relief : le cocktail était prometteur pour l’ancien maillot blanc, privé de Grande Boucle l’an dernier. Las. Après les montées de la Selle de Fromentel et le col de la Biche, passé en tête de course, le grimpeur de B & B Hotels-Vital Concept a été victime du rythme infernal mené par les Jumbo-Visma dans le groupe des favoris. Frustré à l’arrivée, Rolland regrettait que l’armada ne laisse même plus de miettes aux autres. A moins de s’appeler Pogacar.

Est-ce le vide qui a perturbé Pierre Rolland ? Particularité de cette étape, les deux dernières difficultés de la journée étaient inaccessibles aux spectateurs. Depuis la veille du passage du Tour, les accès aux cols de la Biche et du Grand Colombier étaient interdits à la circulation et aux stationnements.

Le train jaune.

Un huis clos justifié, selon la préfecture, par « la dégradation rapide de la situation sanitaire » dans l’Ain. L’arrêté a été – globalement – respecté. Et les Jumbo-Visma ont paru un peu plus seuls au monde.

Parce que le Tour est plus qu’une épreuve sportive pour les Français, nous vous enverrons chaque jour une carte postale gourmande. Promis, nous aurons plus de mesure qu’Obélix et atteindrons plus vite la satiété.

Le Tour de la Gaule s’interrompt avec un court détour par Phnom Penh. Au menu de cette étape familiale dans le Bugey, après la montée du Grand Colombier et avant la journée de repos qui n’en est pas vraiment une, la table était bien garnie. Une salade de papaye, du poulet frit et des nems. Le tout préparé avec amour. Et pour la couleur locale, le vin pétillant du coin, un Montagnieu.

Le Tour post-confinement

Deux mois, c’est le temps qu’a duré le confinement imposé par le coronavirus dans l’Hexagone. Et puisqu’on va sillonner les routes nationales et autres départementales, nous nous proposons de raconter des histoires jaillies pendant le confinement.

Quinzième arrêt, Virieu-le-Grand, Virieu-le-Grand deux minutes d’arrêt.

De la pâte aux pâtes il n’y a qu’un pas. A Virieu-le-Grand (Ain), bourgade sise entre deux montagnes, Jessica Rey et Wilfrid Dufossé l’ont franchi quelque temps après le début du confinement. « On a rapidement constaté une chute de la vente en pâtisserie, car les gens se sont focalisés sur l’essentiel », glisse Jessica, qui officie comme pâtissière – et chef à tout faire – de leur boulangerie-pâtisserie de village. Ayant un peu de temps – ils n’ouvrent plus que le matin –, et voyant l’épicerie du village fermée, le couple décide de mettre la main aux pâtes.

« J’avais envie depuis un certain temps d’ajouter des pâtes fraîches à nos produits, sous forme de pasta box, poursuit Jessica. Et puisqu’il était question de pénurie de pâtes dans les grandes surfaces, on s’est dit “pourquoi pas, ça pourrait dépanner”. » Coup de chance, elle a emprunté, voici quelque temps, la machine à pâtes de sa mère. Après quelques tentatives, et avoir farfouillé sur Internet à la recherche d’une recette qui lui convienne, la pâtissière met en vente ses premières tournées. Mais le succès met du temps à venir. « Bon, ça a moins marché que ce qu’on imaginait, admet Jessica Rey. On avait communiqué dessus comme on a pu, mais les gens devaient avoir ce qu’il fallait. » Mais l’initiative est appréciée dans le village. « On essaie de pallier les manques. »

Au déconfinement, leur boulangerie Au petit paton renoue avec ses produits classiques. Et remise, temporairement au moins, la pasta. « On commençait à en avoir marre d’en manger autant », s’esclaffe celle qui, avec son mari, ramenait celles qui restaient chez elle. Pour le pain, pendant le confinement, ils ont mis en place un système de don, pour ne pas perdre leurs invendus. « Ce n’était pas simple, on était dans un petit village, on a essayé de faire au mieux. »

Récemment, un client a demandé à Jessica s’ils allaient remettre des pâtes fraîches à la carte. Ayant tenté tout l’été, de pallier l’absence de pizzeria dans le village en y consacrant une soirée par semaine – avec un grand succès –, et croulant sous les idées, le couple n’exclut pas l’idée. Occupée, en parallèle de la boulangerie, à se perfectionner dans l’art de la chocolaterie, Jessica Rey dit en souriant : « On aimerait bien, mais on ne peut pas tout faire. »

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