« Gilets jaunes » : Entre « dégoût » et envie de « reprendre le flambeau », ils se livrent avant la… – 20 Minutes

Des “gilets jaunes” lors d’une mobilisation. Illustration. — F. Scheiber – Sipa
  • Alors que de nombreux collectifs de « gilets jaunes » ont lancé un appel à reprendre la mobilisation ce samedi, 20 Minutes a interrogé ses lecteurs ayant déjà participé au mouvement sur leur volonté de manifester à nouveau.
  • Entre désir de continuer le combat et rejet des actes de violence parfois associés au mouvement, Laure, Benjamin et Nadine nous font part de leur ressenti.
  • Craignant des « troubles à l’ordre public », la Préfecture de police de Paris a interdit les manifestations des « gilets jaunes » dans certaines zones de la capitale.

Les « gilets jaunes » espèrent un retour en grande pompe ce week-end. Après un essoufflement du mouvement fin 2019 puis le
confinement lié à l’épidémie de
coronavirus, plusieurs appels à se mobiliser en masse dans tout le pays ce samedi ont circulé sur les réseaux sociaux au cours des derniers jours.

Si l’incertitude règne sur le niveau de mobilisation, cette journée porte d’ores et déjà son lot de polémiques. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé jeudi son intention de porter plainte contre Jérôme Rodrigues après que ce dernier a traité le syndicat de police Synergie-Officiers de « bande de nazis » lors d’un échange houleux sur Twitter.

Jean-Marie Bigard qui, dès le mois d’août, avait annoncé sa présence en tête de cortège le 12 septembre, a décidé de ne pas défiler sur les Champs-Elysées mais à Brest. Sur son compte Twitter, l’humoriste s’est désolidarisé de la figure des « gilets jaunes », qui avait appelé à la « désobéissance civile » et à un retour massif à Paris.

De son côté, la Préfecture de police de Paris, craignant « des troubles à l’ordre public », a pris trois arrêtés d’interdiction de rassemblements et manifestations de « gilets jaunes » dans plusieurs secteurs symboliques de la capitale (Trocadéro, Champ de Mars, Champs-Elysées…).

Dans ce contexte, 20 Minutes a
interrogé ses lecteurs sur leur volonté de se remobiliser samedi. Vous avez été plus d’une centaine à nous écrire, entre anciens « gilets jaunes » dégoûtés « par la violence du mouvement » ou manifestants déterminés à relancer la machine. Plusieurs personnes jugent la reprise du mouvement « irresponsable dans le contexte sanitaire et économique ». Voici le témoignage de trois d’entre vous.

  • Laure, 35 ans, fonctionnaire à Coulommiers et « “gilet jaune” de la première heure »

« J’étais, je suis et je serai toujours “gilet jaune”. Je participerai à la manifestation de samedi. Je n’ai pas participé aux petites qui ont eu lieu après la fin du confinement. Là, je reprends parce que ça a l’air d’être un gros appel cette fois-ci. Je manifesterai à Toulouse car un voyage vers Paris coûterait trop cher, mais j’espère que la mobilisation nationale sera très suivie. Nos principales revendications, comme l’amélioration du pouvoir d’achat ou l’instauration du RIC (référendum d’initiative citoyenne), n’ont toujours pas été entendues. Tout ce qu’on a subi est inadmissible. Maman et fonctionnaire, j’ai aujourd’hui la trouille de la police. J’étais présente lors de certains gros “actes” à Paris et à Toulouse, et j’ai été gazée et attaquée sans raison. J’ai déjà eu peur de ne pas rentrer chez moi, mais l’espoir que les choses évoluent est plus fort que la peur.

Le Covid-19 ne m’inquiète pas vraiment. De toute façon, j’irai protester masquée. Aujourd’hui les “gilets jaunes” sont mal vus alors qu’à la base, on se bat juste pour mieux vivre et offrir un meilleur avenir à nos enfants. »

  • Nadine, 55 ans, inspectrice qualité au Mans, n’ira plus

« Je ne participerai pas. Je ne participerai plus. J’ai dû quitter le mouvement car cela devenait dangereux. Des collègues et moi avions décidé de manifester dès le 17 novembre 2018, contre la taxe carbone, et l’injustice sociale et fiscale. Mais on a très vite entendu les “gilets jaunes” dire qu’ils allaient casser du flic, casser des choses. Le 6 décembre, j’ai décidé de ne plus y aller en voyant que ce n’était plus des manifestations. J’ai senti de la haine, de la rage et ça, je ne le supporte pas. C’est vrai que le gouvernement n’a pas l’air d’écouter, mais on peut manifester sans dégradations.

Evidemment, il ne faut pas retenir que la violence. Je ne rabaisse pas les “gilets jaunes”, ça a produit des résultats et ils ont le droit de s’exprimer. Enfin, je ne suis pas d’accord pour qu’ils puissent manifester avec la propagation de l’épidémie qui reprend. Il faudrait s’abstenir ! »

  • Benjamin, 31 ans, « gilet jaune » non revendiqué

« Ma copine et moi, on montera sur Paris samedi. Je ne me revendique pas “gilet jaune”, mais je serai à leurs côtés. Il faut que tout le monde soit mobilisé pour stopper ces 40 ans de politiques néolibérales. Ce mouvement a marqué l’histoire en faisant irruption sur le devant de la scène. Le gouvernement doit comprendre qu’il y a des gens qui subissent les mesures qu’ils prennent.

Je n’ai jamais enfilé mon gilet jaune car je ne suis pas totalement issu de ce mouvement. Je militais bien avant le 17 novembre puisque je manifestais déjà à l’époque de la loi Travail, de
Nuit debout ou même du CPE quand j’étais lycéen… Aujourd’hui il faut une convergence des luttes. Le Covid-19 ne m’inquiète pas. Il n’y a pas de raison que l’on soit serrés, à moins que les forces de l’ordre ne nous y obligent. »



715

partages

Articles liés

Réponses