Grenoble-Méribel col de la Loze : le Tour de France à lassaut de son juge de paix – Le Monde

Covid-19 oblige, on a bien cru ne pas avoir de Tour de France en 2020. Et puis, avec deux mois de retard, et une bulle sanitaire plus tard, voilà les coureurs de la Grande Boucle embarqués pour 21 étapes et 3 484 km sur les routes de France. Petit aperçu de la journée à venir.

  • Au menu du jour, étape 17 : Grenoble-Méribel col de la Loze, 170 km

Depuis la présentation de cette 107e édition, il n’y en a que pour lui, « ce col du XXIe siècle », selon l’expression du patron du Tour, Christian Prudhomme. Promis avec lui, la Grande Boucle tient son nouveau géant des Alpes. A côté, l’Alpe d’Huez ne serait qu’un dos d’âne et le Galibier une côte de 4e catégorie à avaler grand plateau. Inédit mais déjà culte, le col de la Loze doit être le juge de paix de ce Tour.

Les chiffres de cette montée hors catégorie (21,5 km à 7,8 % avec un sommet perché à plus de 2 300 mètres d’altitude) ne disent pas tout de sa difficulté. Directeur de course du Tour et dénicheur de difficultés inédites, Thierry Gouvenou vend un col « irrégulier où on passe de 20 % à 10 % avec des ruptures de pentes incessantes. Il faut tout le temps changer de rythme, c’est ce que n’aiment pas les rouleurs ».

Sur la fin, ça grimpe un peu.

Les sept derniers kilomètres avec des passages à plus de 21 % ne sont pas sans rappeler l’Angliru, cet ancien chemin de chèvres dans les Asturies, devenu l’épouvantail de la Vuelta depuis la fin des années 1990.

Avant cette explication finale, le col de la Madeleine n’a rien d’un amuse-bouche (17,1 km à 8,4 %) et devrait permettre d’essorer le peloton avant d’arriver au pied de la Loze. « Le profil de l’étape invite les favoris du Tour à toutes les audaces », rêve tout haut Christian Prudhomme. Mais comme on le répète toujours avant le départ d’une étape : « L’organisateur propose mais les coureurs disposent. » Et là, ils disposent d’un formidable terrain de jeu.

Mikel Landa, c’est l’histoire d’un type capable de rater le podium du Tour pour une seconde (en 2017 juste derrière Romain Bardet). Un des meilleurs grimpeurs de sa génération mais qui a toujours le chic pour mal choisir ses équipes et se retrouver à servir malgré lui un leadeur (Vincenzo Nibali et Fabio Aru chez Astana, Chris Froome à la Sky, Nairo Quintana et Alejandro Valverde pour la Movistar).

Sur le dernier Giro, l’Espagnol était le coureur protégé avant que son coéquipier, Richard Carapaz, ne profite du marquage entre favoris pour endosser le maillot rose et ne jamais le lâcher. Depuis, Landa s’est mis à son compte à la Bahrain-Merida. Toujours placé mais jamais transcendant depuis le départ, le 7e au classement général aime les cols longs et difficiles.

« Cette année, c’est la bonne ! » Comme les fans de Richard Virenque, les « landistes » ne désespèrent jamais de leur champion.

Ses supporteurs en sont persuadés : l’heure de leur champion est venue. Sur les réseaux sociaux, on les reconnaît à un hashtag en forme de néologisme : le landisma. Soit la conviction qu’un jour (ou l’autre), Landa va s’envoler seul dans un col vers son destin. Un peu comme les supporteurs de Richard Gasquet qui imaginent encore le Mozart de Sérignan remporter Roland-Garros. C’est beau l’amour désintéressé.

  • Le vainqueur de la raison

Indépendante depuis 1992, la Slovénie a longtemps été connue pour ses skieurs (Jure Kosir, Tina Maze), ses sauteurs à skis et ses basketteurs dont le phénoménal Luka Doncic (Dallas Mavericks) est la dernière pépite. En matière de cyclisme, les connaisseurs se souviennent de Janez Brajkovic, vainqueur du Critérium du Dauphiné en 2010 et propulsé un peu trop vite en lauréat potentiel du Tour.

Primoz Roglic et Tadej Pogacar ont déjà fait oublier l’ancien coureur de la Discovery Channel. On aimerait être original, mais le col de la Loze risque d’être le théâtre d’un nouveau championnat de Slovénie entre les deux compatriotes. Libre à vous de choisir entre le taciturne Roglic ou le plus expressif Pogacar.

Certains l’ont vu dans le Vercors faire l’élastique à l’arrière de l’échappée. Et puis, Julian Alaphilippe a donné l’impression de pouvoir suivre Richard Carapaz et Lennard Kämna dans la montée de Saint-Nizier avant de finalement caler et terminer à la 10e place. Trop court, moins saignant que lors son incroyable Tour 2019, le Français affiche un niveau à rendre jaloux 95 % du peloton, mais il lui manque un peu de magie, un soupçon de jambes pour forcer la décision.

D’ailleurs, le coureur de la Deceuninck-Quick Step semble déjà avoir la tête ailleurs. Après tout, il a déjà remporté son étape à Nice, porté le maillot jaune et animé la course un jour sur deux. « Le plus grand objectif, c’est surtout de ne pas finir épuisé », confiait-il lundi à L’Equipe. Dans la carrière d’un cycliste – surtout évoluant dans une formation belge –, il n’y a pas que le Tour. Alaphilippe regarde avec gourmandise cette fin de saison avec sa découverte du Tour des Flandes, ce Liège-Bastogne-Liège promis à lui mais qui se dérobe toujours et puis, surtout, le rendez-vous du championnat du monde à Imola, le 27 septembre.

Exigeant mais moins montagneux que le parcours initial de Martigny en Suisse, le tracé italien paraît taillé pour lui. Alors, il s’agit d’économiser (un peu) sa monture. « Ce serait une grosse erreur de ma part d’être à bloc sans arrêt jusqu’à Paris », annonce-t-il. Pas sûr qu’on le voit mettre le nez à la fenêtre ce mercredi en direction du col de la Loze, à moins que le naturel ne revienne au galop et l’incite à encore essayer.

Parce que le Tour est plus qu’une épreuve sportive pour les Français, nous vous enverrons chaque jour une carte postale gourmande. Promis, nous aurons plus de mesure qu’Obélix et atteindrons plus vite la satiété.

A la Ferme du Bois barbu, on y dort et on y mange. Un menu sympathique terminé sur une superbe tarte aux myrtilles sauvages. Avant cela, un toast au bleu de pays avec un peu de salade, un filet mignon et ses ravioles du Dauphiné. De quoi relancer les suiveurs à quelques jours de l’arrivée à Paris.

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