Intel et lerreur de calcul à 500 millions de dollars – korii.

Il ne faut jamais, au grand jamais prendre les nerds de haut, pas plus qu’il ne faut chercher des noises aux mathématiciens. C’est la leçon onéreuse et douloureuse qu’Intel a apprise au mileu des années 1990.

Alors que l’informatique domestique se démocratise et que l’entreprise américaine tente d’imposer à grand renforts publicitaires son label grand public Intel Inside, Intel lance en 1993 les processeurs de sa gamme Pentium, fer de lance de cette volonté de conquête des foyers.

Dans son laboratoire de l’université de Lynchburg, le mathématicien Thomas Nicely planche sur la constante de Brun, équipé d’un ordinateur à processeur Pentium 60 MHz flambant neuf et promettant de belles avancées.

Las. Comme le relate Tedium, il constate quelques mois plus tard une bizarrerie: les résultats que lui donne sa machine, à qui il a fait mouliner équations et divisions pendant un temps infini, sont légèrement erronés.

Il relaie l’information sur CompuServe fin octobre 1994. D’autres scientifiques et passionné·es constatent le même écart. Les Pentium sont à l’évidence à l’origine de l’erreur. Au banc des accusés: leur unité de calcul en virgule flottante.

Naît alors l’une des premières discussions virales de l’histoire d’internet. De forum en forum, de groupe Usenet en groupe Usenet, l’affaire prend une telle ampleur qu’elle sort du cercle restreint des mathématiques pour atteindre celui de l’ingénierie puis des passionné·es d’informatique.

En soi, le bug n’a rien de bloquant pour 99,99% des quidams faisant tourner Excel ou jouant à Day of the Tentacle sur leur ordinateur personnel. C’est d’ailleurs la ligne de défense qu’Intel commencera par adopter en adressant un communiqué qui visait le grand public uniquement.

Une erreur négligée sciemment par Intel

Dans son texte, la firme parle d’un non-problème, calcule que l’erreur ne peut survenir que pour une division sur 9 milliards et va jusqu’à se moquer de manière à peine voilée de la plainte d’un mathématicien insatisfait d’une vague imprécision située neuf chiffres après la virgule. «Dans les faits, des recherches ont démontré que l’utilisateur moyen ferait face à cette subtile baisse de précision une fois tous les 27.000 ans», est-il écrit.

Surtout, Intel reconnaît qu’elle était au courant du bug avant même la sortie des puces incriminées, et qu’elle s’en lave les mains. Cette communication des plus malhabiles allume une mèche que l’entreprise aura bien du mal à éteindre. La communauté scientifique, dont les recherches et résultats dépendent d’une exigeance non-négociable de précision, grince si fortement des dents que la presse nationale commence à se pencher sur ce qui porte désormais le nom d’«affaire de la virgule flottante».

Grand concurrent de l’époque, IBM saute sur l’occasion pour faire les gros yeux à Intel, évoquant un bug bien plus régulier qu’il n’y paraît et en profite pour pousser son propre processeur PowerPC, développé conjointement avec Motorola et Apple.

À la fin de l’année, la petite erreur de calcul découverte par Thomas Nicely finit par se transformer en débandade financière pour Intel, qui ne peut plus se contenter de minimiser le problème et entame la confiance de ses investisseurs.

Fin novembre 1994, l’action Intel dévisse en bourse et, en janvier de l’année suivante, la firme annonce provisionner 475 millions de dollars de l’époque pour procéder à l’échange des processeurs défectueux.

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