La BCE change de ton pour rassurer les marchés – Les Échos

Publié le 11 sept. 2020 à 18:20

« Il n’y a pas de place pour la complaisance ! » Le message délivré part Philip Lane, l’économiste en chef de la Banque centrale européenne est clair : la BCE est mobilisée pour soutenir l’économie européenne. Il figure dans une note de blog publiée sur le site de l’institution tôt dans la matinée de vendredi. Une publication fort opportune, qui a tout d’une opération d’urgence pour éviter un incendie sur les marchés.

La veille, la conférence de presse qui suit le Conseil des gouverneurs avait surpris par un ton assez serein, si ce n’est optimiste, dans un contexte économique difficile . Dans son discours introductif, Christine Lagarde a notamment salué un fort rebond de l’activité en zone euro au cours de l’été.

Perplexité

La présidente de la BCE a affiché la même sérénité face au renforcement de l’euro, tout en reconnaissant qu’il pesait sur la reprise de l’inflation . Et aucune mesure nouvelle n’a été évoquée, laissant des marchés partagés entre perplexité et déception. La devise européenne a grimpé à 1,19 dollar, se rapprochant de ses plus hauts niveaux en deux ans.

Il y avait donc urgence à intervenir. C’est donc Philip Lane qui a ouvert le bal, dressant un tableau plus sombre de l’économie européenne que ne l’avait laissé entendre le discours jeudi. « L’activité reste bien en deçà des niveaux d’avant la pandémie, a-t-il affirmé. De plus, la reprise est asymétrique entre les secteurs et les pays et reste sujette à une incertitude élevée. »

Engagement

Il a également pointé les effets négatifs de la hausse de la monnaie unique, cause importante de l’inflation négative enregistrée en zone euro. Conclusion de l’économiste en chef : « Le Conseil des gouverneurs est prêt à ajuster tous ses instruments, le cas échéant, pour faire en sorte que l’inflation évolue vers son objectif de manière durable. »

« Ce billet signifie explicitement que la BCE envisage sérieusement d’en faire plus », estime l’économiste en chef de BNP-Paribas, William De Vijlder. Une volonté confirmée également par le gouverneur de la Banque de France. « Nous gardons toutes les options ouvertes et nous serons prêts à en faire plus si nécessaire », a déclaré François Villeroy de Galhau.

Christine Lagarde elle-même a voulu lever l’ambiguïté. « Notre politique monétaire accommodante a besoin du soutien de la politique budgétaire et aucun d’entre nous ne peut se permettre la complaisance dans la période actuelle », a martelé la Française à l’issue d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro.

Exercice délicat

Cet épisode montre, une fois encore , à quel point la communication des banques centrales est un exercice délicat. Et encore plus lorsqu’il s’agit de l’euro. « Le change n’est pas de la compétence de la BCE et elle doit donc toujours justifier son interventionnisme par des effets induits par exemple l’impact sur l’inflation », souligne Stéphane Déo chez LBPAM.

Surtout que la hausse de la monnaie unique est notamment due à une plus forte crédibilité de la zone Euro depuis le plan européen de relance « L’appréciation de l’Euro est, en quelque sorte, la rançon de la gloire… A ce titre il est difficile pour la BCE de prendre le contre-pied », ajoute Stéphane Déo.

Tout l’enjeu est donc d’essayer de limiter l’essor de la devise européenne sans donner l’impression que la BCE est prête à se lancer dans une guerre des changes. Ce qui explique que les autres membres de la BCE qui ont pris la parole se soient montrés moins explicites que Philip Lane sur le sujet, au risque de brouiller le message.

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