Le maître chanteur de Kurzawa condamné à 16 mois de prison ferme – Le Parisien

Sale semaine pour le latéral gauche du PSG. Avant de connaître ce mercredi le verdict de la commission de discipline après son carton rouge pris dans la mêlée de la fin du match contre l’OM, Layvin Kurzawa était ce mardi au cœur d’une autre affaire. Côté victime cette fois. Trois hommes, âgés de 28 à 32 ans, soupçonnés d’avoir voulu faire chanter le défenseur du PSG et de l’équipe de France durant l’été 2017, comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Versailles (Yvelines). Deux d’entre eux ont été relaxés. Le troisième, Aboubakary, a été condamné à seize mois de prison ferme et laissé libre.

Le footballeur avait déposé plainte le 31 juillet 2017, après avoir été contacté sur le réseau social WhatsApp par un mystérieux « Hervé » qui exigeait la remise de 250 000 euros en échange d’une vidéo « qui pourrait nuire à sa réputation ». On y voit Layvin Kurzawa s’épancher en termes peu élogieux sur le sélectionneur de l’équipe de France, Didier Deschamps.

Ces images ont été captées par Mamaye, un ami du sportif qu’il a connu au centre de formation de Monaco, lors d’une soirée dans un bar à chicha parisien. Mais ce dernier assure qu’il a perdu son téléphone portable. Lors des tractations, le maître chanteur évoque un précédant épisode en octobre 2016 durant lequel le joueur avait accepté de verser 6 000 euros à une connaissance qui lui reprochait des menaces et une histoire d’utilisation de carte bancaire.

Enfermer Kurzawa dans une voiture avec un homme de main

Les enquêteurs suivent la piste des lignes téléphoniques et comprennent que l’affaire est orchestrée par Mamaye, secondé par Aboubakary, un autre proche de Kurzawa qui le fait bénéficier de places pour le stade et de maillots de foot. Des amis qui l’ont donc trahi.

Les trois autres suspects de l’affaire devaient participer à la remise de l’argent. Le projet comprend l’usage d’un scooter puissant, d’une arme et l’idée d’enfermer la victime dans une voiture avec un homme de main. Les écoutes sont accablantes : les deux copains de Kurzawa évoquent l’idée de gagner 50 000 ou 100 000 euros.

Les cinq suspects sont interpellés et mis en examen. Mamaye commence par nier avant d’expliquer qu’il a tenté ce chantage pour se venger, car le joueur de football ne lui aurait pas remboursé 600 euros pour l’achat de tabac à chicha. Aboubakary, qui travaille aujourd’hui comme commercial, assure qu’il a d’abord dissuadé la victime de payer au cours d’une réunion entre amis avant d’accepter de jouer l’intermédiaire avec le racketteur.

« Kurzawa était un très bon ami. J’ai accepté de faire cela et je comptais en profiter, c’était purement égoïste », souligne-t-il. Yaya confirme qu’il était propriétaire d’un scooter. Ce manager dans un restaurant assure qu’il n’est pas au courant de cette affaire. Bakary confirme qu’il était là lors d’une soirée chez Kurzawa mais cet ambulancier explique qu’il ne fait qu’appartenir à un réseau d’amis mais qu’il n’est en rien impliqué dans cette histoire.

« L’envie d’avoir autant d’argent qu’un joueur de foot »

« C’est le revers de la médaille pour ces jeunes de 20 ans qui jouent dans des grands clubs avec des salaires démesurés. Ils deviennent des proies pour des malfaiteurs mais aussi pour leurs amis », déplore Me Pierre Montoro, l’avocat du footballeur, rappelant que son client a échappé à une séquestration avec arme, organisée par ces prétendus amis.

Lors d’un entretien à l’émission Téléfoot, sur TF 1, le joueur avait évoqué « une erreur de jeunesse ». « Tout le monde fait des erreurs, j’en ai fait et j’en referai », avait-il déclaré. Informé de cette vidéo par le latéral lui-même avant qu’elle ne devienne publique, le sélectionneur avait indiqué ne pas lui en tenir rigueur.

« C’est une affaire assez triste car il connaissait depuis longtemps deux de ses maîtres chanteurs », remarque le procureur avant de requérir des peines de six mois à deux ans de prison ferme à l’encontre des trois prévenus. Les avocats des hommes de main ont plaidé en faveur de la relaxe, estimant que le dossier n’apportait pas la preuve de l’implication de leurs clients. Me Jean-Christophe Tymoczko, le défenseur d’Aboubakary, reconnaît que son client a profité de sa position d’ami du joueur de foot qui lui avait demandé d’intervenir. Il évoque « l’envie d’avoir autant d’argent qu’un joueur de foot » pour tenter d’expliquer le comportement de son client.

Deux autres suspects impliqués dans cette affaire n’ont pas pu comparaître ce mardi : Mamaye souffre du Covid et Bandioug est en prison, d’où il n’a pas été extrait pour cette audience. Ils seront jugés le 30 mars 2021.

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