« LEurope, prise en étau entre la Chine et les Etats-Unis, doit se réarmer économiquement » – Le Monde

Des salariés de Suez manifestent contre la tentative de Veolia de s’emparer de leur entreprise, à La Défense, le 8 septembre 2020.

Chronique. Patriotisme économique, quand tu nous tiens ! Il est rare que les protagonistes des grands mariages industriels consentis ou imposés ne l’invoquent pas urbi et orbi, même quand la fusion concerne deux entreprises françaises. La règle s’est vérifiée avec le projet d’offre publique d’achat (OPA) de Veolia sur Suez, qui oppose les numéros un et deux mondiaux de la gestion de l’eau et des déchets. Hymne patriotique, appel à la création d’un « champion », menace brandie de l’arrivée inévitable (sinon imminente) d’un dangereux concurrent chinois… en ce temps de Covid-19 où la peur s’est installée, qu’il est bon de s’envelopper dans les plis protecteurs du drapeau tricolore !

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Dans cette opération, le chef du gouvernement n’est pas indifférent au prix de l’offre, au respect de la concurrence et aux menaces sur l’emploi. Mais Jean Castex a très vite soutenu – trop vite, dit-on à Bercy – le « sens industriel » d’un projet qui écarte avant tout le risque d’une « perte de souveraineté » dans ces activités « stratégiques » en cas de raid étranger. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, reconnaît que « créer un champion mondial des questions environnementales est une bonne idée stratégique ». Quant au prédateur et à sa proie, ils jouent – et surjouent – sur ce registre politique. « Cette opération est bonne pour la France », tranche le PDG de Veolia, Antoine Frérot. « On peut garder deux champions mondiaux français », rétorque le président de Suez, Philippe Varin, dans Le Journal du dimanche du 13 septembre.

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C’est à qui défendra le mieux l’intérêt supérieur de la nation. Cela ne date pas d’hier. En 2006, Jacques Chirac avait prévenu Silvio Berlusconi qu’un raid sur Suez de l’électricien Enel (associé à Veolia) – italien et donc européen – serait considéré comme une agression contre la France. Six mois plus tôt, son premier ministre, Dominique de Villepin, avait fait comprendre au géant américain PepsiCo qu’il s’opposerait à une OPA sur Danone. Sans doute partageait-il avec son fondateur, Antoine Riboud, la conviction que « Danone, c’est comme la cathédrale de Chartres, on ne la rachète pas ! » Variante du patron de L’Oréal, Jean-Paul Agon : « L’Oréal, c’est comme Notre-Dame, patrimonial à 1 000 % pour la France. »

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« Soft power »

A Matignon, Edouard Philippe avait établi un subtil distingo en présentant un arsenal destiné à protéger de tout raid hostile des « fleurons » considérés comme partie intégrante de « notre souveraineté stratégique » : « Les yaourts et les shampooings ne sont pas stratégiques. Les entreprises qui les produisent, si ! » Il signifiait que le maintien des emplois et des centres de décision dans l’Hexagone, la recherche, l’innovation ou encore la survie des nombreuses PME des filières agroalimentaire et cosmétique méritaient toute l’attention des pouvoirs publics.

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