Lopposant russe Mikhaïl Khodorkovski : “Le pouvoir a peur!” – Le Journal du dimanche


23h15
, le 12 septembre 2020

Au début de l’été, Donald Trump a annoncé son intention d’inviter Vladimir Poutine au prochain G7. Peu après, en août, Poutine a non seulement aidé le dictateur d’un pays voisin à écraser des manifestations mais a également donné son feu vert à l’empoisonnement au Novitchok d’un rival politique, Alexeï Navalny. Avant ces événements, il y avait eu les assassinats de Litvinenko à Londres, de Khangoshvili à Berlin, de Politkovskaïa et Nemtsov à Moscou, et l’empoisonnement de Skripal à Salisbury. Si j’étais Trump et ses invités, vu la quantité d’adversaires de Poutine qui ont été empoisonnés, je me méfierais d’une invitation à prendre un thé avec lui…

Le dictateur biélorusse Loukachenko, proche de Poutine, agit plus simplement : on retrouve ses adversaires morts ou en prison. Récemment, deux représentants de notre organisation Open Russia, venus observer les élections dans le pays, se sont retrouvés derrière les barreaux. La télévision locale a diffusé un reportage où on les voyait à terre avec des traces visibles de coups, traités comme de dangereux criminels. Ils sont aujourd’hui rentrés chez eux mais leur histoire illustre bien ce qui se passe aujourd’hui en Biélorussie. Et préfigure ce à quoi peut s’attendre l’opposition en Russie le jour où Poutine se sentira réellement menacé.

 

Ce week-end, des élections locales et régionales se déroulent en Russie. Elles ne seront pas honnêtes

Navalny a été empoisonné juste après le début des manifestations en Biélorussie. Je suis certain que Poutine, lorsqu’il a donné son feu vert à ce crime afin de détourner l’attention de ses agissements dans ce pays, a sous-estimé la réaction internationale. Certes, il a réussi à détourner l’attention. Mais cela lui a-t-il rendu service?

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Le régime de Poutine reste encore relativement stable. Mais les sondages montrent une baisse de confiance de l’opinion après six ans de stagnation économique. Ils montrent aussi que la majorité des citoyens russes n’approuvent pas les amendements à la Constitution qui permettent à leur président de rester au pouvoir dix ans de plus.

Ce week-end, des élections locales et régionales se déroulent en Russie. Elles ne seront pas honnêtes. Mais même un scrutin truqué représente un stress énorme pour une dictature. Plus de 500 candidats dans différentes régions se présentent avec le soutien d’Open Russia. Auparavant, le pouvoir fédéral se souciait peu des élections de ce niveau. Cette fois, le directeur exécutif de notre organisation a été arrêté, les bureaux de campagne ont été perquisitionnés, des ordinateurs ont été saisis, les candidats ont été interrogés par la police.

Poutine essaie de créer un sentiment de vulnérabilité physique parmi les élites occidentales

Le pouvoir a peur! Non sans raison. La question, aujourd’hui, n’est pas de savoir si le régime va tomber mais quand cela arrivera, avec ou sans violence, et ce qui se passera après. Dans une telle situation, je pense que les chefs d’États démocratiques, comme M. Macron, ne devraient pas, par leur propre légitimité, soutenir celle d’un régime qui agit par des méthodes criminelles et peut à tout moment en venir à la violence de masse.

Les meurtres, tentatives de meurtres ou tentatives d’influencer le processus politique dans un pays voisin sont une mauvaise chose en soi. Mais Poutine essaie de créer un sentiment de vulnérabilité physique parmi les élites occidentales. Ce qui, couplé à des possibilités d’obtenir des avantages personnels pour “bonne conduite”, devient un facteur d’influence trop important pour se permettre de rester complaisants.

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