Mort du musicien jamaïcain Toots Hibbert, apôtre du reggae – Le Monde

Le chanteur jamaïcain Toots Hibbert, au festival Jazz & Heritage, en 2018 à la Nouvelle-Orléans (Louisiane).

Figure centrale du reggae avec son groupe The Maytals, même s’ils furent éclipsés par Bob Marley & The Wailers, le chanteur Frederick Nathaniel – dit « Toots » – Hibbert est mort vendredi 11 septembre à Mona, près de Kingston, capitale de la Jamaïque. Agé de 77 ans, il avait été admis cet été à l’hôpital pour difficultés respiratoires et avait été plongé dans le coma.

A tout seigneur tout honneur. Toots Hibbert est en effet tenu non pas pour « l’inventeur » du mot reggae, mais certainement comme celui qui l’a pour la première fois employé dans une chanson avec Do the Reggay, en 1968. Ce terme de patois jamaïcain est alors apparu pour qualifier cette « nouvelle danse qui se répand en ville », comme le chante Toots Hibbert. Do the Reggay est un rocksteady, le genre alors dominant dans l’île, héritier du ska, dont il a considérablement ralenti le tempo. Et le chaînon vers ce reggae qui déferlera sur la planète après la découverte de la bande-son du film The Harder They Come (1972), qui comporte deux titres des Maytals, Sweet and Dandy et Pressure Drop.

Timbre chaud et rauque

Plus intéressantes que ce titre de gloire, qui avait déjà établi la postérité de Toots Hibbert, sont ses capacités vocales. Il fut un des plus vibrants et éloquents chanteurs jamaïcains, avec un timbre chaud et rauque, plein de dynamisme et de joie de vivre, très proche de ceux des shouters du rhythm’n’blues, à commencer par Otis Redding et Wilson Pickett. Lui-même citait Ray Charles comme un modèle. Il rendit hommage à ces cousins d’Amérique en 1988 avec l’album Toots in Memphis (1988).

Ce qui n’est guère surprenant, car à l’instar des soulmen, le garçon, né le 8 décembre 1942 dans la communauté rurale de May Pen (à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Kingston), avait été formé à la meilleure des écoles de chant populaire, celle du gospel. Ce huitième enfant d’une famille adventiste fut tôt brisé par le malheur, orphelin de mère à l’âge de 8 ans, puis de père trois ans plus tard, et dût partir gagner sa vie dans la capitale.

Il travaille dans un salon de coiffure dans le quartier de Trenchtown, épicentre des révolutions musicales de l’île, quand il rencontre en 1962, année de l’indépendance de la Jamaïque, les deux autres membres de ce qui formera The Maytals, Ralphus « Raleigh » Gordon et Nathaniel « Jerry » Matthias. Le trio vocal publie ensuite quelques singles enregistrés dans le réputé Studio One de Coxsone Dodd, accompagnés par les non moins fameux Skatalites. Tout semble lui sourire quand, en 1966, Bam Bam remporte un concours national de chansons. Mais l’année suivante, Toots Hibbert est arrêté pour possession de ganja. Il passera sept mois derrière les barreaux, contretemps qui lui inspira la chanson 54-46 That’s My Number, dont la suite « libérée », logiquement titrée 54-46 Was My Number, est devenue un standard du reggae.

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