Patrick Drahi à la manœuvre pour prendre le contrôle total dAltice Europe – Le Monde

L’entrepreneur milliardaire des télécommunications, Patrick Drahi, à Paris, en octobre 2018.

Patrick Drahi a créé la surprise en annonçant, vendredi 11 septembre, son intention de racheter l’intégralité des actions d’Altice Europe, qui contrôle notamment l’opérateur français SFR. Alors qu’il détient déjà l’entité à hauteur de 77,6 %, cette opération doit lui permettre, à terme, de la retirer de la Bourse d’Amsterdam, où elle est cotée.

L’homme d’affaires propose de racheter les actions à un coût unitaire de 4,11 euros, soit à un montant supérieur de 23,8 % à son cours de jeudi, ce qui devrait lui coûter la somme de 2,5 milliards d’euros. Dans un communiqué, le milliardaire, qui escompte que son offre aboutira au premier trimestre 2021, explique que cette manœuvre doit « permettre de renforcer l’attention sur l’exécution de [la] stratégie de long terme [d’Altice Europe] ». Il y voit également un signe fort de sa « confiance (…) dans les perspectives d’Altice Europe ».

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Au dire des analystes, M. Drahi lance cette opération à un moment où la valeur des actions d’Altice Europe – structure fondée en 2018 après la séparation des activités européennes et américaines de l’opérateur – est particulièrement basse. Avant l’épidémie de Covid-19, le cours s’établissait à 6,65 euros. Mais, bien que l’entreprise ait traversé la crise sanitaire sans trop de dommages, les investisseurs ont délaissé le titre.

Frilosité des marchés

Altice n’est pas le seul à souffrir de cette frilosité des marchés. « Les télécoms, c’est un secteur qui est sous-évalué depuis plusieurs années, probablement de l’ordre de 30 %, commente Stéphane Beyazian analyste chez MainFirst. Il y avait probablement là une opportunité. » Pour lui, les investisseurs privilégient un profit à court terme, alors que les revenus de l’entreprise devraient être confortables une fois que les frais liés au déploiement de la fibre seront derrière elle.

Pour Altice, la démarche se justifie justement par cette désaffection des marchés, qui n’ont pas donné crédit au plan de réorganisation du groupe lancé en 2017. Et ce, alors que les créanciers, eux, continuent de soutenir l’entreprise (la dette d’Altice Europe s’élève à 28 milliards d’euros). En sortant de la Bourse, Altice ferait aussi l’économie de toutes les démarches afférentes, notamment en matière de transparence. Et retrouverait, de surcroît, une forme de sérénité auprès de ses créanciers que « le mélodrame quotidien du marché » ne permet pas, observe M. Beyazian.

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Pour Patrick Drahi, cela pourrait aussi se révéler, à titre personnel, une bonne affaire. « Il rachète une entreprise dans laquelle il a confiance et dont il pense que le cours ne représentait pas ses fondamentaux », explique Jean-Luc Lemmens, expert du secteur des télécoms à l’Idate (l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe). Ce pari pourrait se révéler payant en quelques années. D’autant, estime un observateur, que cette opération pourrait être l’occasion de stabiliser l’activité d’Altice Europe avant de la revendre pour réinvestir sur le marché bien plus dynamique des télécoms outre-Atlantique.

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