Patrick Drahi veut racheter Altice Europe (SFR) et le sortir de la Bourse – Les Numériques

Nouveau coup de poker en vue pour Patrick Drahi, le magnat des télécoms, qui prépare le rachat de sa société Altice Europe (SFR, entre autres) pour mieux la sortir du marché des actions et s’offrir plus de liberté.

Patrick Drahi a fait savoir qu’il entendait retirer la maison mère de SFR, Altice Europe, des marchés financiers publics. Le capital de l’entreprise qu’il a fondée et dirige devrait ainsi être racheté d’ici au premier trimestre 2021. L’homme d’affaires a déjà une bonne idée du repreneur, qui ne sera autre que lui-même. En effet, estimant que l’action Altice Europe est sous-cotée en Bourse, Patrick Drahi est prêt à tenter un nouveau pari.

L’homme d’affaires a présenté une offre de 4,11 € par action en cash, portant sur les 51 % du capital de l’entreprise qui ne lui appartiennent pas. Ce sont donc 2,5 milliards d’euros que Patrick Drahi est prêt à mettre sur la table pour finaliser cette opération et sortir sa société de la Bourse d’Amsterdam. Selon ces termes, la valeur d’Altice Europe telle qu’elle est estimée par Patrick Drahi serait d’environ 4,9 milliards d’euros.

Le plan en question semble déjà bien avancé : la holding Next Private, propriété de Patrick Drahi, devrait être utilisée pour boucler le rachat, tandis que BNP Paribas est annoncé comme banque partenaire pour financer l’opération. C’est aussi un moyen pour le milliardaire d’affirmer sa confiance à long terme dans SFR et ses activités médias/télécoms européennes.

En proposant 4,11 € par action, Patrick Drahi offre une prime de 23,8 % aux détenteurs de titres par rapport au cours de l’action avant l’annonce (3,32 €). Une proposition jugée insuffisante par certains, rapportée à la valeur de la société telle qu’elle est généralement calculée par les analystes, dans un contexte où malgré ses bons résultats sur les derniers trimestres, SFR n’arrive pas à faire redécoller Altice Europe.

Mi-2015, l’action valait 7 €, mais elle était tombée sous la barre des 2 € (voire 1,5 €) fin 2017/début 2018, ce qui avait déclenché une grave crise chez SFR, dont la machine à recruter de nouveaux abonnés était complètement grippée. Depuis, les choses se sont améliorées, mais en dépit d’une flambée entre la mi-2019 et mars 2020, la pandémie de Covid-19 a pénalisé de nouveau Altice Europe qui peine à rebondir.

De quoi pousser Patrick Drahi à accuser les marchés de sous-évaluer Altice Europe et de tenter un coup de poker qui pourrait s’avérer extrêmement lucratif en cas de réussite. Dans le pire des scénarii, cela aura eu le mérite de donner un coup de fouet au titre Altice Europe. Depuis cette annonce, il s’est stabilisé à une valeur d’environ 4,13 €, 25 % au-dessus de son cours du jeudi 10 septembre.

À noter que Patrick Drahi n’a pas besoin de convaincre la totalité des porteurs de titres : il pourrait forcer les porteurs minoritaires à vendre si une majorité d’actionnaires décidaient d’accepter son offre.

Dur, dur pour les télécoms

Sans forcément noircir le tableau, Patrick Drahi constate que les opérateurs télécoms peinent à évoluer à la hausse en Bourse, les marchés financiers étant particulièrement frileux sur ces valeurs tech un peu à part. Même Orange, l’un des plus gros opérateurs européens, n’a pas su stopper la chute de son cours ces dernières années.

Patrick Drahi voit certainement plusieurs avantages à détenir SFR en dehors de la Bourse, comme les listent nos confrères de Capital : plus de discrétion, plus de liberté pour décider, moins de conflits d’intérêts et un gros coup financier à la clé, sans oublier les profits de SFR qui lui reviendraient.

Articles liés

Réponses