Pour accélérer la relance économique, le Revenu Universel est la meilleure solution – Le HuffPost

RELANCE – La mise en œuvre d’un revenu universel pour les 3.2 millions de travailleurs indépendants en France est la réponse la plus adaptée aux difficultés traversées par un corps professionnel fragilisé et dont l’attractivité post-COVID est en berne.

Le Revenu Universel, en raison de l’idéal philosophique qui le sous-tend, est souvent présenté comme une vieille lune des partisans d’une gauche radicale et déconnectée des réalités économiques. Moi, dirigeant d’une entreprise qui promeut le renouvellement des formes d’emploi, j’en mesure pourtant tout le potentiel en ces temps de crise profonde.

Ce dispositif, s’il venait à être mis en œuvre pour bénéficier aux indépendants, créerait un bouleversement inédit dans notre modèle socio-économique, en stimulant massivement l’innovation, en levant les freins à l’entrepreneuriat et en redonnant le goût de l’ambition aux talents de notre République. Oui, l’utopie de Thomas Moore peut encore avoir un sens au XXIe siècle, où le travail ne cesse de se réinventer.

Les indépendants les plus touchés

À l’heure où l’économie française fait face à un choc sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, les indépendants, voyant leurs carnets de commandes se tarir au fur et à mesure que l’asphyxie gagne l’ensemble des entreprises – PME comme grands groupes – subissent la crise de plein fouet.

90% d’entre eux reconnaissent que la crise sanitaire a eu un lourd impact sur la pérennité de leurs activités et 80% affirment être toujours en grande difficulté, selon un sondage Indépendants.co. Qu’ils soient rédacteurs, développeurs informatiques, artisans-commerçants, designers, agriculteurs ou startuppers, tous déplorent une incapacité à se projeter dans l’avenir. Dans leur diversité, tous sont en proie à la même angoisse lancinante de ne pas pouvoir maintenir, ce qui est à la fois une passion et un moyen de subsistance, le mois d’après.

Sollicité à maintes reprises, le gouvernement a répondu présent. Prêts garantis par l’État (PGE), fonds de solidarité (5,4 milliards d’euros), reports des charges (35 milliards d’euros). L’État a su démontrer, dans un instant décisif, sa capacité d’adaptation, sauvant ainsi des dizaines de milliers d’emplois et évitant l’effondrement que la mise à l’arrêt d’une économie internationalisée aurait pu provoquer. Forte de cet appui constant de la puissance publique, la France a même su retrouver le chemin de la croissance, là où le reste du monde, y compris en Europe, demeure dans l’impasse de la récession.

Mais la crise sociale, elle, est réelle. Le plan de relance de 100 milliards d’euros, âprement négocié par le gouvernement français auprès de nos partenaires européens, présente certes un volet solidarité ambitieux (20 milliards d’euros), mais qui tend à se restreindre aux secteurs d’activité dits “les plus touchés”, parmi lesquels l’hôtellerie et la restauration. Dans cette configuration, les indépendants, corps professionnel très hétérogène, se retrouvent lésés par le rétrécissement de la fenêtre d’action. Doivent-ils, en raison de ce seul motif d’ordre administratif, être laissés sur le carreau, sans perspective ni soutien substantiel?

Une telle situation n’étant guère acceptable, il nous faut, à la manière des start-ups, identifier et mettre en œuvre des solutions adaptées pour accompagner ces professionnels. L’option d’une correction de la répartition du plan de relance, au moment même où les dernières annonces sur celui-ci sont faites, semble peu crédible.

L’hypothèse d’une subvention temporaire pour surmonter la crise et prévenir l’accroissement de la précarité chez ces travailleurs viendra alors, sans aucun doute, habiter les réflexions. Il s’agirait pourtant d’une erreur stratégique majeure. Grâce à l’intelligence collective, l’impératif contraignant désormais les pouvoirs publics à repenser les cadres structurants de l’économie pourrait devenir l’occasion de transformer en profondeur un statut encore trop peu protecteur.

Sauver 3,2 millions de travailleurs

Bruno Le Maire, lors de son audition du 28 juillet devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, a rappelé la nécessité de penser la relance dans le court comme dans le long terme. C’est éminemment cette deuxième voie qui est la plus exigeante. Ayons le courage, collectivement, de la suivre. Face aux mutations constantes du monde du travail, l’État doit, lui aussi, prendre sa part au changement et engager une véritable mutation du regard qu’il porte sur les indépendants. Garant de la protection de ceux qui font la France de demain, il se doit de sauver ces 3.2 millions de travailleurs au bord du gouffre.

L’instauration d’un revenu universel peut incarner ce deus ex machina. Car au-delà du bol d’air conjoncturel qu’un tel dispositif générerait, c’est l’avenir de notre pays qui est en jeu. En aidant les indépendants à construire une dynamique économique vertueuse, écologique, et de proximité dans les territoires les plus fragiles, c’est la France qui, au plus profond de son identité, est aidée.

Avec un véritable appel d’air pour plusieurs millions de Français – car ils sont presque 50% d’entre eux à vouloir générer une activité indépendante – notamment grâce à l’instauration d’une véritable protection contre l’échec, d’une véritable assurance de pouvoir payer un loyer et de quoi subvenir à ses besoins à la fin du mois, un Revenu Universel pour les Indépendants (RUI) ferait de l’Hexagone une des puissances les plus attractives au monde pour la création de projets innovants.

Les ressources sont là

Ce revenu universel serait, par essence, un dispositif résolument républicain. Car, quelle que soit leur origine géographique ou sociale, leur expérience, leur sexe ou leur âge, les talents de notre pays pourront mettre à contribution leurs expertises et leurs compétences au profit du dynamisme économique français.

Je suis de ceux qui veulent voir éclore des initiatives partout sur les territoires, dans les métropoles comme dans les territoires ruraux les plus reculés, ceux sur lesquels notre nation doit, plus que jamais, s’appuyer. Je sais le gouvernement animé d’une semblable volonté. Les ressources sont là, à notre disposition, dans les traditions que ces indépendants perpétuent, comme dans les projets puissamment novateurs, s’appuyant sur les derniers progrès technologiques et sur la prise de conscience écologique.

La question budgétaire est, sans être une fausse question, à traiter avec prudence. D’une part, parce qu’en considérant sans cesse tout projet sous l’aune implacable et froide du chiffre, on en perd souvent la portée philosophique et l’utilité sociale, ici extrêmement vive. D’autre part, parce que même en adoptant exclusivement cette grille de lecture, un Revenu Universel pour les Indépendants (RUI) suffisamment protecteur, dont le montant mensuel s’élèverait autour de 900 euros nets, engendrerait une dépense publique de l’ordre de 30 milliards en hypothèse haute, et à moins de 10 milliards d’euros en hypothèse basse, si on l’applique aux plus fragiles et aux plus impactés par la crise, auquel il faudrait, en toute logique, soustraire une part non négligeable des aides pour la lutte contre la pauvreté, pour le logement, pour le chômage et l’emploi, et certaines aides familiales, alors obsolètes pour les bénéficiaires. Si l’on adosse à cette analyse le pendant de la dépense mentionnée, autrement dit la création de richesses issues des initiatives naissantes, il apparaît que le coût de cette mesure sera quasi nul… voire excédentaire, et pourrait même créer un gain fiscal pour l’État!

Soyons-en fiers: nous sommes – la France – les pionniers de l’entrepreneuriat dans le monde, portés par les millions d’agriculteurs, de petits commerçants, d’industriels et d’artisans qui nous ont précédés. Il nous faut aujourd’hui relancer et soutenir cette belle dynamique grâce à cette formidable opportunité historique de repenser le travail. Au nom des générations présentes et futures, innovons!

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