Procès des attentats de janvier 2015 : des souvenirs, des larmes et des rires ont clos la semaine « Charlie » – Le Monde

Dessin d’audience au procès des attentats de janvier 2015, le 11 septembre.

Sur le grand écran défilent des dessins de Charb. Ils ont été choisis par Marika Bret, son amie intime depuis l’époque de La Grosse Bertha, qui a vécu ensuite à ses côtés l’aventure de Charlie. Un précipité féroce de vingt ans de combats pour revendiquer le droit à se moquer de tout. Un homme préhistorique tient une burette d’huile dans une main, une torche enflammée dans l’autre. « L’invention de l’humour », dit la légende. Une phrase s’affiche : « Je suis pour la liberté d’expression, MAIS », le I majuscule dessine un minaret. Un prêcheur ensanglanté proclame : « Notre haine du blasphème est plus forte que notre amour de Dieu ». Un Dieu apeuré se précipite dans les bras d’un diable tout aussi terrorisé à la vue d’un tout petit dessinateur qui tient un crayon. Deux pauvres en haillons se réchauffent autour d’un feu : « Cette année, on se fait pas de cadeaux, d’accord ? » Deux hommes se font face. L’un est armé d’un long couteau. « Tu as insulté Dieu, je vais le venger ! » dit-il. « Il est pas assez grand pour se défendre tout seul, ton Dieu ? », lui demande l’autre.

On a ri. Un rire furtif, d’abord, comme étouffé, qui s’en voulait de sa légèreté. Rejoint par d’autres, des dizaines d’autres qui éclataient et roulaient. La salle a souri et ri. C’était jeudi 10 septembre à la cour d’assises spéciale de Paris. Et c’était bon de rire, après tant d’effroi.

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Juste avant, la mère de Charb, Denise Charbonnier, s’était avancée à la barre, appuyée sur une canne, pour parler de son fils :

« Stéphane a toujours dessiné. A l’école maternelle, il dessinait. Pendant les vacances, il dessinait. En famille, il nous dessinait. Au collège, il dessinait. Il voulait dessiner comme Cabu. Il rêvait de le rencontrer. Et un jour, il avait 19 ans, il s’était retrouvé à côté de lui, à l’émission de Michel Polac. Il avait fait un dessin de Cabu. Il voulait absolument le lui faire parvenir. On avait fini par trouver l’adresse de Cabu et on avait remis le dessin à la concierge de l’immeuble. Et quand Stéphane est entré à “Charlie”, Cabu lui a dit : Mais alors, Charb, le dessin, c’était toi ? »

« Charb », ça lui venait d’une prof de collège qui trouvait son nom trop long à prononcer. Le diminutif est resté.

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« Regardez comme il est beau ! »

Véronique Cabut raconte à son tour l’homme dont elle a partagé la vie. Le père du Grand Duduche, des « beaufs » numéro 1, 2, 3, qui était passionné de jazz, commençait toujours ses dessins par les yeux, admirait Rembrandt – « Il disait qu’il savait capter le regard comme personne » – et ne s’endormait jamais sans avoir écouté un morceau de Purcell.

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