Regarder « The Third Day » et faire lexpérience de la terreur – Le Monde

Katherine Waterston et Jude Law, dans la série « The Third Day ».

OCS CITY – MARDI 15 SEPTEMBRE À 20 H 40 – SÉRIE

Aussi modernes que soient les images psychédéliques des réalisateurs Marc Munden et Philippa Lowthorpe, ou la bande originale numérique de Cristobal Tapia de Veer, The Third Day pousse sur un terreau ancestral. Il n’est pas question ici du culte celtique que pratiquent les habitants de l’île côtière d’Osea, sur l’estuaire de la Blackwater, à l’est de Londres, mais plutôt de la similitude frappante entre le scénario de Felix Barrett et Dennis Kelly et celui d’un classique du film d’horreur, The Wicker Man (Le Dieu d’osier, Robin Hardy, 1973), qui échouait un policier sur un autre îlot britannique, plus au nord.

Là-bas, aussi, le retour aux racines préromaines, présaxonnes, s’accompagnait de rituels inquiétants. Pour mieux ancrer The Third Day dans la généalogie de l’horreur, les créateurs s’appuient sur un point d’histoire : à la fin du XIXsiècle, l’île d’Osea fut acquise par un philanthrope, Frederick Nicholas Charrington (1850-1936), héritier d’une famille de brasseurs, qui la consacra tout entière à la lutte contre les addictions. Après sa mort, Charrington trouva une place sur la liste des prétendants au titre de Jack l’Eventreur.

Angoisse émerveillée

L’arrivée d’un étranger dans une communauté désireuse de préserver des secrets inavouables, l’ombre portée d’un crime célèbre, ce n’est pas assez pour étonner, c’est à peine suffisant pour faire peur. Or, The Third Day génère souvent une angoisse émerveillée, qui tient aussi bien à la mise en scène, à la qualité de l’interprétation qu’à la structure étrange du récit.

Celui-ci est divisé en deux saisons de trois épisodes, l’été et l’hiver. C’est en été que Sam (Jude Law) traverse l’estuaire de la Blackwater sur une chaussée submersible pour ramener à Osea une adolescente qu’il a sauvée du suicide. Neuf mois plus tard, Helen (Naomie Harris), sa femme, accompagnée de leurs deux filles refait le même chemin. Entre ces deux parties, un épisode intitulé « Automne », joué en continu, devrait être retransmis en direct depuis Londres, le 3 octobre, encore qu’une incertitude pandémique demeure quant à cette innovation. Manque aussi à l’appel l’ultime épisode, que HBO, diffuseur de The Third Day, préfère garder sous cloche.

Cinq épisodes suffisent pour que cette géométrie fractale du récit impose son ascendant. Au long des épisodes estivaux, Jude Law trouve sur le sol d’Osea de quoi cultiver sa légendaire ambiguïté. Son personnage suscite la compassion – c’est un père qui a perdu son enfant dans des conditions atroces – et la répulsion – Sam est en fuite et semble peu se soucier du sort de sa famille, c’est aussi un menteur compulsif. L’île est comme la matérialisation de ces contradictions. Le temps n’a pas oublié Osea, mélange d’architecture suburbaine et de campagne anglaise, baignée par la 4G, sauf quand le signal s’étiole.

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