Suez se démène pour échapper à Veolia – Les Échos

Publié le 16 sept. 2020 à 10:56Mis à jour le 16 sept. 2020 à 20:33

Suez est encore sous le choc mais Suez ne s’avoue pas vaincu. Trois semaines après l’offensive de son concurrent Veolia, qui cherche à mettre la main sur ses activités à l’international, tout en revendant l’essentiel de ses actifs en France, le poids lourd du traitement de l’eau et des déchets se démène pour tenter d’échapper aux griffes d’un prédateur qu’il considère comme hostile.

Mercredi, à la veille d’un conseil d’administration chez Engie, son principal actionnaire qui dispose d’une offre de rachat de l’essentiel de ses titres par Veolia, la direction de Suez est allée défendre son cas auprès de Bruno Le Maire. Du ministre de l’Economie ils attendaient deux choses. Primo qu’il ne ferme pas la porte à une offre concurrente de celle de Veolia. Et secundo, qu’il desserre la contrainte du calendrier en demandant aux différents acteurs de ce dossier de ne pas se précipiter alors que Veolia n’a transmis une offre valable que jusqu’à la fin septembre.

« Aucun choix n’est arrêté »

Alors que Jean Castex a donné l’impression au lendemain de l’offensive de Veolia de bénir l’opération, Bruno Le Maire précise dans une interview aux « Echos » : « Le Premier ministre n’a aucunement pris parti […]. N’ajoutons pas à la crise économique actuelle une guerre entre industriels français. Pour le reste, nous examinerons toutes les propositions avec impartialité et attention, en prenant le temps nécessaire. Aucun choix n’est arrêté. » Dans les faits, l’Etat a peut-être déjà fait son choix, mais dans les mots la position semble désormais plus nuancée.

Lancé dans une course contre la montre, Suez ne sera cependant pas en mesure de présenter une offre alternative au conseil d’administration d’Engie qui se réunit ce jeudi pour examiner l’offre de Veolia. Mais Suez promet des avancées majeures sur ce front la semaine prochaine. « Pour pouvoir nous prononcer, il faudra que la proposition de Suez soit aussi précise et ferme que celle de Veolia, prévient-on dans l’entourage de l’énergéticien français. A ce stade, nous n’avons qu’une offre, et l’horloge tourne. » Veolia a en effet demandé à Engie de se prononcer d’ici au 30 septembre.

Fragiliser le montage

De leur côté, les syndicats de Suez ont annoncé mercredi matin la décision du comité social et économique (CSE) de déclencher une procédure de droit d’alerte économique. Dans un communiqué, ils demandent à la direction de Suez, dans une réunion extraordinaire du CSE à tenir le 18 septembre en présence du président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, de répondre à une série de questions sur le projet industriel de Veolia, son calendrier et ses conséquences sociales. Le CSE déclenche également une procédure d’information-consultation, jugeant que le projet de fusion de Veolia pose « un risque grave pour les salariés de l’UES Suez », en dépit des assurances sociales données publiquement par Veolia.

Suez cherche enfin à affaiblir la position de son adversaire en cherchant à fragiliser le montage envisagé d’ une revente de ses activités France au fonds Meridiam. Il a sur ce front marqué un point symbolique. CNP Assurances, qui est présenté comme l’un des partenaires financiers de Meridiam sur ce dossier a en effet précisé, mercredi, par communiqué, qu’il n’était en tout cas pas impliqué dans le projet de cession des parts d’Engie dans le capital de Suez, tout en indiquant en creux qu’il ne s’interdisait pas si ce projet aboutissait de travailler ensuite avec Meridiam , avec lequel il collabore depuis de nombreuses années. Une manière de prendre un peu de distance sans se désolidariser.

Cession d’une partie des activités déchets

En attendant d’afficher une solution alternative au projet de fusion de Veolia , Suez ​a également démontré qu’il pouvait accélérer sur le front de son plan stratégique à 2030. Il a ainsi annoncé, mercredi, la cession au groupe allemand Schwarz ​de ses activités déchets dans quatre pays pour 1,1 milliard d’euros en valeur d’entreprise (en y incluant la dette des entités cédées), permettant à Suez d’atteindre, en cumul, 40 % de l’objectif de 3 à 4 milliards de cessions annoncé en octobre dernier dans son plan stratégique Suez 2030.

PreZero​, la branche environnementale du groupe Schwarz, va acquérir les activités déchets de Suez (hors plastiques et déchets dangereux) aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Allemagne et en Pologne. Dans ces pays, Suez opère sur tous les maillons de la chaîne, de la collecte au tri et au traitement, sur tous types de déchets (bois, verre, papier, métal…), sur 125 sites comptant 6.700 employés. En 2019, ces activités ont généré un chiffre d’affaires d’environ 1,1 milliard d’euros pour un résultat brut d’exploitation (Ebitda) d’environ 100 millions. L’opération devrait être finalisée au cours du premier trimestre 2021, sous réserve de l’approbation des autorités réglementaires.

Articles liés

Réponses