Tour de France 2020 : Bernal défaille, passation de pouvoirs au sommet du Grand Colombier – Le Monde

Egan Bernal a perdu le Tour de France, dimanche sur les pentes du col du Grand Colombier.

Le regard vide, la tête baissée et dodelinante, dégoulinant de transpiration et des coureurs qui le dépassent, les mêmes qui ne voient d’habitude que de loin son dossard – celui du no 1, vainqueur du Tour 2019. La 15e étape du Tour de France entre Lyon et le Grand Colombier a été le théâtre d’une spectaculaire défaillance du Colombien Egan Bernal.

Et au soir du dimanche 13 septembre, l’inéluctable passation de pouvoirs entre Ineos-Grenadiers et Jumbo-Visma n’a désormais plus qu’une seule inconnue : la capacité d’un Slovène de 21 ans, Tadej Pogacar (UAE Emirates), à troubler l’ordre naturel de cette 107e édition.

Revivre l’étape : Pogacar s’impose au sommet du Grand Colombier, Bernal s’effondre

Devancé au sprint pour la victoire d’étape – à 1 501 m d’altitude – par son jeune compatriote, le maillot jaune Primoz Roglic (Jumbo-Visma) peut néanmoins se réjouir d’avoir relégué son rival colombien, tenant du titre, à plus de 7 min et 20 s. Le petit grimpeur d’Ineos-Grenadiers est même éjecté du Top 10, 13e à 8 min 25 s du leader. Derrière des outsiders comme le quadragénaire Alejandro Valverde (Movistar) ou le Français Guillaume Martin (Cofidis). « Je pense que Bernal n’est plus une menace. Je ne sais pas ce qui s’est passé pour lui. Jumbo a vraiment réalisé un travail énorme et certains coureurs l’ont payé », a analysé Pogacar.

Quand au pied de la dernière ascension de la journée (17,4 km), le Belge de l’équipe néerlandaise, Wout Van Aert, a appuyé sur les pédales pour imprimer un rythme insensé, à 25 km/h, Egan Bernal a senti le vent du boulet. Une confirmation, après qu’il était déjà passé dans les dernières positions du groupe maillot jaune dans les deux précédentes difficultés, la montée de la Selle de Fromentel et le col de la Biche – tous deux classés première catégorie.

Malgré le soutien de certains de ses équipiers, dont Richard Carapaz et Michal Kwiatkowski, le 3e du classement général (à 59 s du leader au matin) n’a pu que sombrer. Humiliation suprême : après l’avoir essoré et laissé ses camarades achever le boulot, l’un de ses bourreaux, Van Aert, terminait l’étape tranquillement calé dans sa roue.

Lire aussi : Primoz Roglic, à la recherche du temps perdu

La Jumbo-Visma, à nouveau rouleau compresseur

Dimanche, personne n’a été en mesure d’attaquer le nouveau roi, Primoz Roglic. A 7 bornes du Grand Colombier, l’ex-maillot jaune Adam Yates était le seul à oser le crime de lèse-majesté. Entreprise vaine face au train infernal mené par l’équipe néerlandaise, qui change de locomotive – après Van Aert, Tom Dumoulin puis Sepp Kuss – comme d’autres de chemise.

Richie Porte (Trek Segafredo), Tadej Pogacar (UAE Emirates) ou encore Rigoberto Uran (Education First) semblaient déjà soulagés de pouvoir les suivre. Même le vainqueur du jour le reconnaissait : « Jumbo était extrêmement préparé pour aujourd’hui. De mon point de vue, Attaquer n’avait aucun sens. » Roglic pouvait saluer le travail de ses troupes avec un brin d’insolence : « Vous savez, je n’ai même pas besoin de leur dire, ils vont très vite car c’est dans leur nature. Ça a été vraiment le rouleau compresseur. Chacun a fait son boulot jusqu’au bout. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le « cyclisme total », la stratégie de Jumbo-Visma pour gagner le Tour de France

Après deux semaines de course, le Tour de France n’a donc pas encore abordé la fin de son menu dégustation alpin (dès mardi entre La Tour-du-Pin et Villars-de-Lans) qu’il s’est déjà offert un amuse-bouche corsé au sein du massif jurassien. Comme lors de sa répétition générale du Tour de l’Ain, début août, où la victoire s’était déjà jouée dans un scénario similaire, la montée de la « pyramide du Bugey » s’est disputée au terme d’un sprint entre les meilleurs. « Sur trois ou quatre kilomètres, c’est ce qu’il y a de plus dur en France », avait averti le directeur de course, Thierry Gouvenou. Qui avait corsé le tracé en ajoutant, en amont, deux grimpettes loin d’être anodines, la Selle de Fromentel – avec des pointes en pourcentage à 22 % – et le col de la Biche.

Pogacar, dernier pot de colle pour Roglic

Au début du mois d’août, Roglic avait battu au sommet Egan Bernal d’une poignée de secondes. Cette fois-ci, seule ombre au tableau, le maillot jaune a dû s’incliner au sprint devant le finish de Tadej Pogacar, vainqueur de sa deuxième étape, une semaine après Laruns. A 5 s, l’Australien Porte a résisté, à l’image du Colombien Miguel Angel Lopez, à 8 s. Au jeu des bonifications, Pogacar reprend 4 s et ne pointe désormais plus qu’à 40 s de son aîné.

Tadej Pogacar semble être le seul concurrent de Primoz Roglic à la victoire finale.

S’ils ont mis hors course l’équipe Ineos et son leader Egan Bernal, Primoz Roglic et ses équipiers gardent un drôle de pot de colle sur leurs traces. Et celui-là sera certainement plus récalcitrant. « Il m’a manqué un petit quelque chose à la fin mais c’est une très belle journée. A l’évidence, Tadej est très fort. Je ne lui ai pas fait de cadeau. Je suis un peu déçu. Je voulais vraiment gagner aujourd’hui mais il a été plus fort », a reconnu le maillot jaune.

Fidèle à son personnage, peu loquace et flegmatique, il a démenti dans une conférence de presse dont il a le secret le fait d’avoir course gagnée : « Je ne pense pas que c’est terminé. Evidemment, on aimerait que ça soit le cas, mais on est en bonne position. Et on doit rester concentré pour tout bien faire jusqu’à la fin. »

Et il l’assène sans émotion particulière, à six jours du dernier contre-la-montre : arriver à la Planche des Belles-Filles (Vosges) en conservant ses quarante secondes d’avance sur l’impudent Pogacar lui convient. « Je préfère avoir de l’avance avant le contre-la-montre que l’inverse. » Difficile de lui donner tort, même si on peut lui rappeler qu’il s’est incliné au mois de juin, face au même adversaire, lors des championnats de Slovénie de contre-la-montre.

Articles liés

Réponses