Tour de France 2020 : cols à la pelle, revanche et sacrifice, dernière étape alpine pour le peloton – Le Monde

Covid-19 oblige, on a bien cru ne pas avoir de Tour de France en 2020. Et puis, avec deux mois de retard, et une bulle sanitaire plus tard, voilà les coureurs de la Grande Boucle embarqués pour 21 étapes et 3 484 km sur les routes de France. Petit aperçu de la journée à venir

  • Au menu du jour, étape 18 : Méribel – La Roche-sur-Foron, 175 km

Après avoir fait connaissance avec le terrible col de la Loze, les coureurs restent en altitude avec cette étape savoyarde. A défaut d’une arrivée au sommet, le programme du jour offre un enchaînement de cinq cols pour un total de 4 000 mètres d’ascension. Avec un peu de jambes (et d’imagination), il y a encore de quoi bouleverser le classement général.

Sur le papier, cette étape offre un terrain de jeu favorable pour une échappée de baroudeurs et de grimpeurs ne représentant pas un danger pour le maillot jaune de Primoz Roglic. Après 25 kilomètres de course, le Cormet de Roselend (classé en 1re catégorie) devrait permettre à un groupe de se détacher.

Attaque de Pierre Rolland, mais où ?

Ensuite, deux classiques du Tour (les cols des Saisies et des Aravis) se dressent sur la route des coureurs. En 2006, Floyd Landis s’y était envolé pour l’un des numéros les plus stupéfiants de l’histoire récente du Tour. Quelques jours plus tard, les urines de l’Américain trahissaient une présence de testostérone anormale.

Haut lieu de la Résistance, le plateau des Glières est aussi court (6 km) que pentu (11,7 %). Problème, son sommet est placé à 32 kilomètres de l’arrivée. On peut le regretter ou plutôt se dire que cela nous préservera d’une course de côte et obligera les audacieux à se lancer dans le travail de bonne heure dans cette étape.

La dernière fois que Kenny Elissonde a levé les bras, le natif de Longjumeau a fait les choses en grand : une victoire au sommet de l’Angliru sur la Vuelta, ce col aux pourcentages affolants qui vous situe votre grimpeur. Mais voilà, ce beau succès remonte à 2013. Depuis, Elissonde a enfilé le costume d’équipier d’abord pour son copain Thibaut Pinot à la FDJ, ensuite pour les différents leaders de la Sky et aujourd’hui pour Richie Porte dans l’équipe Trek-Segrafredo.

Sur ce Tour, Elissonde est un sherpa aussi précieux qu’efficace pour l’Austalien au mental parfois friable. Mercredi, il a montré qu’il était capable d’accompagner les meilleurs pendant un long moment dans la Madeleine puis sur la première partie du col de la Loze.

Alors, on se dit que s’il avait, peut-être la liberté de se glisser dans une échappée, le Français pourrait reproduire le scénario de cette 20e étape du Tour d’Espagne. Sept ans, c’est long quand même et puis la Trek est encore bredouille depuis le départ.

  • Le vainqueur de la raison

Depuis la défaillance d’Egan Bernal dimanche, les Ineos Grenadiers tentent de se réinventer en chasseurs d’étapes. Un homme ne ménage pas sa peine : Richard Carapaz. Largué au classement général, l’Equatorien profite à fond de cette nouvelle liberté depuis le début de la semaine. Lors de la 16e étape, il semblait le plus fort dans l’échappée mais s’est laissé surprendre par Lennard Kämna.

Carapaz, encore raté.

Mercredi, il a remis ça et lâché un par un ses compagnons d’échappées avant de capituler dans les cinq derniers kilomètres du Col de la Loze. Vainqueur du dernier Giro, Carapaz aimerait bien découvrir la joie de la victoire sur le Tour. Avec sa forme du moment, il est capable de s’imposer en se glissant dans une échappée ou même en attaquant depuis le groupe maillot jaune dans le plateau des Glières.

Morale néerlandaise de l’étape : quand quelqu’un se propose d’effectuer ton travail à ta place, laisse-le faire. Une nouvelle fois, la Jumbo-Visma de Primoz Roglic était partie pour une journée à la barre du peloton. Mais à l’approche du col de la Madeleine, les Bahrain McLaren ont pris le contrôle des opérations.

Un Wout Poels retrouvé et un Sonny Colbrelli devenu grimpeur le temps d’une montée, ont réduit le peloton à peau de chagrin. Tant pis pour l’effet de surprise, l’idée était de durcir la course pour préparer la grande attaque de Mike Landa, encore dans le coup mercredi matin pour une place sur le podium.

Mais après les relais de Pello Bilbao et Damiano Caruso dans le col de la Loze, la fusée Landa n’a jamais décollé. A la première accélération de Miguel Angel Lopez, l’Espagnol a rétrogradé et terminé 7e à plus d’une minute du vainqueur. A l’arrivée, le grimpeur en était désolé pour ses équipiers. « Nous devions tenter quelque chose car je me sentais bien dans le col de la Madeleine. Mais sur la partie plate entre les deux cols, j’ai commencé à me sentir un peu vidé. Je suis un peu déçu de ma performance. L’équipe a fait un travail incroyable et je suis très fier de mes coéquipiers. »

Primoz Roglic lui aurait bien offert un verre si cela n’allait pas à l’encontre des recommandations de « la bulle course ». En effet, grâce au travail des hommes de Landa, le maillot jaune a pu économiser les forces des siens. D’ailleurs, Sepp Kuss aurait bien pu descendre et remonter la Loze si son leader lui en avait fait la demande. Alors merci la Bahrain.

Habituel poisson pilote de Bryan Coquard dans les sprints, Jens Debusschere a poussé le sens du sacrifice très loin pour permettre au « Coq » d’entrer dans les délais. Gêné par une douleur au genou, le Français a vécu une journée galère à l’arrière du peloton. « Jens m’a attendu dans La Madeleine et il a roulé toute la vallée, raconte le coureur de B & B Hôtels – Vital Concept. Je ne lui ai pas passé un relais et j’ai fait la dernière montée comme je pouvais. J’ai tellement ramassé. »

Dans la montée de la Loze, le Belge a donné ses dernières forces pour permettre à Coquard de sauver sa place. Et tant pis s’il a dû sacrifier ses propres chances de finir dans les délais pour cela. Dernier de l’étape, Debusschere en a fini avec son Tour. Mais l’essentiel était ailleurs pour lui.

Parce que le Tour est plus qu’une épreuve sportive pour les Français, nous vous enverrons chaque jour une carte postale gourmande. Promis, nous aurons plus de mesure qu’Obélix et atteindrons plus vite la satiété.

Ce n’est pas du Port-Salut, pourtant c’est bien écrit dessus. Au restaurant Le Cèpe, à Méribel, on trouve ce champignon à toutes les sauces, ou presque. Un réconfortant cappuccino (de cèpes, donc) surprend vos papilles en entrée, et le reste est à l’avenant. Début août, en reconnaissance du col de la Loze, les frères Quintana y ont fait escale. Ce qui n’a pas empêché Nairo, hier, de vivre « l’une des pires journées de [sa vie] ». On lui suggère la crème brûlée aux myrtilles sauvages, pour se revigorer.

Le Tour post-confinement

Deux mois, c’est le temps qu’a duré le confinement imposé par le coronavirus dans l’Hexagone. Et puisqu’on va sillonner les routes nationales et autres départementales, nous nous proposons de raconter des histoires jaillies pendant le confinement.

Dix-septième arrêt, Brides-les-Bains, Brides-les-Bains deux minutes d’arrêt.

A Brides-les-Bains (Savoie), les thermes, c’est la vie. Aussi, quand le confinement est venu mettre le holà sur la saison, de nombreux professionnels de la cité thermale se sont retrouvés fort dépourvus. Avant de rebondir. « A Brides, la spécialité de la station santé est l’amaigrissement et la surcharge pondérale, relate Bénédicte Breuls, responsable de l’office de tourisme de la cité. Aussi, on s’est dit qu’on allait mettre à profit l’expertise locale pour disséminer des conseils pendant le confinement. » Diététiciens, chefs ou psychologues, ils se relaient – parfois laborieusement, tout le monde n’est pas à l’aise avec une caméra braquée sur le visage – dans des pastilles vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Les vidéos dépassant allègrement le cercle des clients de la station, les Bridois prolongent l’idée, une fois le confinement terminé. « Nous sommes une station anti-sédentarité, il suffit de regarder le cadre exceptionnel de la ville », expose Bénédicte Breuls. Entourée de montagnes, la cité de la vallée de la Tarentaise ne manque pas d’atours pour qui aime randonner.

« Donc il nous a semblé logique de devenir la station thermale du déconfinement. » Sans le verbaliser complètement, la cité thermale propose à tout un chacun de venir perdre les kilos acquis pendant le confinement. Avec, outre les cures à base des eaux qui font la renommée de la cité depuis le XIXe siècle, de nombreuses activités – allant jusqu’à l’ascension du col de la Loze en vélo (électrique).

« Venez à Brides, on vous aidera à réapprendre à mieux dormir et bouger », expose la responsable, soulignant les nombreuses études menées pendant le confinement, ayant montré de nombreux problèmes à ces niveaux. Et peu à peu, le public a réinvesti la ville. « On avait un peu peur, beaucoup de stations thermales ont perdu de la clientèle à la réouverture », souligne Mme Breuls. Mais elle constate une prise de conscience des clients, souvent âgés, qui reviennent après un renforcement du protocole sanitaire. « Tout le monde s’est rendu compte que de nombreuses personnes en surpoids ou atteintes de diabètes ont été touchées par le Covid-19, et nous on lutte contre ça. » De là à renommer Brides-les-Bains, Brides-la-déconfinée, il n’y a qu’un pas qu’on se gardera de franchir.

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