Tour de France 2020 : les volcans dAuvergne éjectent les Français de la course au podium – Le Monde

Comme Guillaume Martin, Romain Bardet a perdu beaucoup de temps sur les pentes acérées du puy Mary.

Les ambitions de Thibaut Pinot s’étaient évaporées, le week-end dernier, dans les premiers contreforts pyrénéens. Moins d’une semaine après, vendredi 11 septembre, les deux derniers espoirs français au classement général ont à leur tour lâché la rampe, malmenés par les pentes acérées du puy Mary (Cantal).

Troisième et quatrième du classement général au départ de Châtel-Guyon (Puy-de-Dôme), Guillaume Martin et Romain Bardet ont passé une très mauvaise journée au pays des volcans. La descente est raide : Bardet et Martin rétrogradent hors du top 10, à la 11e (à 3 minutes) et à la 12e place (à 3 min 14 s).

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Dès le col de Néronne, avant-dernière difficulté du jour, le leader de la Cofidis a sauté avant de finir, esseulé et comme il le pouvait, à plus de 2 min 46 s du maillot jaune, Primoz Roglic.

Son homologue d’AG2R La Mondiale a l’excuse d’avoir lourdement chuté à 86 kilomètres de l’arrivée. Malgré une courageuse résistance – il évoluait sur ses terres –, Bardet termine à 2 min 30 s du Slovène.

Le tandem slovène Roglic-Pogacar sur sa lancée

Avec sept difficultés au programme, dont deux de première catégorie, la 13e étape de cette 107édition, remportée par le Colombien Daniel Martinez (Education First), a poursuivi la course par élimination au classement général.

Primoz Roglic (Jumbo-Visma) et Tadej Pogacar (UAE-Emirates) ne se quittent plus d’une roue et appuient fort sur leurs pédales. Le tandem slovène – chacun vainqueur d’une étape devant l’autre – occupe désormais les deux premières places du classement général.

L’aîné, de la Jumbo-Visma, possède toujours 44 secondes d’avance sur son intenable compatriote, qui ferait jeu égal sans sa minute envolée dans un coup de vent (et de bordure) lors de la première semaine.

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« J’ai gagné du temps sur tout le monde, sauf Roglic. Je suis très heureux. Les deux derniers kilomètres, on n’était plus amis, on voulait juste arriver au sommet le premier. Et vous devriez voir d’autres attaques la semaine qui vient », a averti Pogacar.

Outre le duo français, éjecté loin du podium, de nombreux favoris ont perdu de précieuses secondes sur le toit du Massif central (1 783 m). Le tenant du titre, Egan Bernal (Ineos-Grenadiers), a cédé 38 secondes au maillot jaune. Il est troisième, à près d’une minute de son rival. Deux autres Colombiens, Rigoberto Uran (4e) et Nairo Quintana (5e), reculent au-delà de la minute.

« Le tempo était vraiment trop élevé pour moi »

Consolations pour le public français depuis la défaillance inattendue de Thibaut Pinot, Guillaume Martin et Romain Bardet s’étaient jusque-là parfaitement intégrés à la course avec les meilleurs. Déjà aux premiers rangs lors du Critérium du Dauphiné (3e), Martin faisait preuve d’une régularité de métronome chaque fois que la route s’élevait.« Au début, ça n’allait pas trop mal, mais l’avant-dernière montée m’a été fatale. Le tempo était vraiment trop élevé pour moi, donc j’ai dû lâcher. Après, il ne me manque vraiment pas grand-chose en haut. Si j’avais été dix secondes devant, avec eux, la course aurait été différente », a-t-il constaté.

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Son manageur, Cédric Vasseur, confirme : « On s’attendait à une étape difficile, à ce que les favoris au classement général s’expliquent, et on n’a pas été déçus. Aujourd’hui, il ne fallait pas connaître de journée sans. »

Débarqué sur le Tour libéré de la pression du classement général, Romain Bardet prenait de plus en plus confiance au fil des jours, qu’il avait su parfaitement négocier en évitant les pièges des bordures et des premières ascensions.

« Je suis tombé à 55 km/h et j’ai perdu toutes mes sensations. J’ai été maudit », Romain Bardet

Sa chute, après celle d’un coureur le devançant dans une descente, aura peut-être eu raison de son ambition naissante. Sonné quelques secondes, cuissard déchiré sur la cuisse droite, le leader d’AG2R avait pu repartir et rejoindre le peloton avant de s’incliner face à la réalité de la montagne.

« Ça ne pouvait pas plus mal se passer. Je suis tombé à 55 km/h et j’ai perdu toutes mes sensations. J’ai été maudit sur cette étape, a confié un Romain Bardet sonné par le destin. C’est dommage, parce que tout se déroulait bien, c’est un gros coup de malchance. Je vais récupérer, et revenir pour des victoires d’étapes. »

Le Colombien Daniel Martinez, vainqueur de la 13e étape, a fait sa déclaration d’amour au Tour à l’arrivée.

Benoît Cosnefroy, son équipier porteur du maillot à pois, a assisté à la chute de son leader, dont la tête a frappé le sol. « Je venais de lui proposer ma musette, 300 m avant la chute. Je ne pensais pas qu’il allait repartir. Je sais qu’il perd du temps à l’arrivée, mais je n’étais vraiment pas sûr qu’il arrive au sommet. »

Transformés en chasseurs d’étapes

Au classement général comme pour la victoire d’étape, ce 11 septembre n’avait rien de tricolore. Malgré sept coureurs français dans l’échappée victorieuse (sur 17), aucun n’est parvenu à se mêler à la lutte. Parmi eux, Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step), vainqueur de la 2e étape à Nice, n’avait pas les jambes et les qualités de grimpeur suffisantes pour un final aussi violent.

Tous distancés de la course au podium, les meilleurs Français pourront se consoler en chassant les victoires d’étapes. Dès samedi à Lyon (Rhône) ou dimanche au Grand Colombier (Ain).

« J’aurais sans doute plus d’opportunités pour viser les étapes. Je suis déçu mais certainement pas abattu », relativise Guillaume Martin. Cet optimisme pourrait inspirer ses compatriotes, dont le moral a été chamboulé par la malchance accumulée depuis le départ à Nice.

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