Tour de France 2020 : sur le toit de lépreuve, Lopez en solitaire, Roglic en patron – Le Monde

Miguel Angel Lopez restera à jamais le premier vainqueur du Tour de France au col de la Loze.

« Attention, les Colombiens n’ont pas dit leur dernier mot. » A défaut d’avoir pu suivre les meilleurs dans l’ascension du terrible col de la Loze, mercredi 16 septembre, Warren Barguil (Arkéa-Samsic) pourra s’octroyer le gain du vainqueur aux pronostics. Car c’est bien un escarabajo (« scarabée »), surnom des grimpeurs de la cordillère des Andes, qui a franchi le premier la ligne d’arrivée, à 2 304 mètres d’altitude. Derrière Miguel Angel Lopez (Astana), la 17e étape du Tour de France a, comme prévu, livré des leçons qui pourraient être définitives.

Revivre l’étape : Miguel Angel Lopez s’impose au col de la Loze, Roglic conforte son maillot jaune

La principale : en 2020, le Tour parle slovène, et son patron s’appelle Primoz Roglic. Si « Superman » est le surnom du vainqueur colombien du jour, l’inamovible leader de la Jumbo-Visma a assis – définitivement ? – son emprise sur le classement général. Et plus que conforté son maillot jaune, à quatre jours de l’arrivée sur les Champs-Elysées.

Deuxième de l’étape, il a profité des pentes abruptes et des changements incessants de pourcentage de la dernière ascension pour distancer son ombre, son compatriote Tadej Pogacar (UAE-Emirates), qui cède 15 secondes à son aîné – et se retrouve à 57 secondes au général, au jeu des bonifications.

Pogacar paie la faiblesse de son équipe

Incapable de rattraper Roglic, faisant l’élastique avec le maillot jaune dans les pourcentages importants (au-delà de 20 %) du col de la Loze, le jeune Slovène a « fait de [son] mieux dans ces pentes très dures ». Mais il paie en partie la faiblesse de son équipe quand la route s’élève, même si dans cette « arrivée de purs grimpeurs, où personne ne peut se cacher derrière un équipier », comme le tournait Thibaut Pinot, le sort du Tour s’est aussi réglé à la pédale. Là-haut sur la montagne, personne ne vous attend, et pourtant, Primoz Roglic a profité de l’aide de Sepp Kuss, son dernier équipier, pour déclencher son attaque.

« Je lui ai dit d’y aller s’il pouvait, a expliqué le maillot jaune au sortir de l’étape. Car les autres auraient à le chasser, et ça m’a permis de voir qu’ils étaient aussi en difficulté. Son attaque m’a donné le signal pour produire mon effort. » A 2 km de l’arrivée, seul Miguel Angel Lopez a répondu à l’accélération de l’Américain, et le maillot jaune en a profité pour grappiller de précieuses secondes.

Lire aussi « Très haut, très raide, hors norme » : le col de la Loze, nouveau géant du Tour de France

Ils n’étaient qu’une poignée de rescapés à tenter de reprendre leur souffle dans les derniers kilomètres de cet ancien chemin forestier, qui croque les lignes de dénivelé en zigzag jusqu’aux cimes, goudronné il y a un peu plus d’un an. Un à un, les candidats au classement général ont lâché, chapelet égrainé sur les hauteurs de Méribel. Mais pour une fois, leur bourreau n’était pas l’équipe néerlandaise.

Pour une fois, la Jumbo-Visma n’a pas roulé

Jumbo-Visma n’a pas pris la course à son compte dès la première ascension, le redoutable col de la Madeleine. Mercredi, la formation dont le gant de fer imprime le rythme de la course depuis le départ de Nice a décidé de laisser la main. Comme l’avait anticipé Julien Jurdie lundi : « La Jumbo va courir un peu différemment, car ils vont en avoir marre de se présenter sur la ligne d’arrivée avec Pogacar dans le porte-bagages prêt à fondre sur les bonifications, prévenait le directeur sportif d’AG2R La Mondiale. Le rouleau compresseur sera peut-être moins fort par moments cette semaine, pour que les autres doivent également travailler. »

Primoz Roglic a consolidé son maillot jaune, mercredi, en devançant son dauphin Tadej Pogacar.

C’est la Bahrain-McLaren – de Mikel Landa, septième au départ de l’étape – qui a mis la main au pétrin dès le début du col de la Madeleine. Et leur cadence a rappelé celle de la Jumbo dimanche, dans l’ascension du Grand Colombier. « Ils ont imposé un gros tempo dès le pied de la Madeleine, ça a fait un écrémage, n’a pu que constater Guillaume Martin (Cofidis). Et dans la montée finale, ça a roulé de plus en plus vite. » Comme de nombreux autres, dont Mikel Landa, le Français n’a pu suivre le groupe maillot jaune, et termine à plus de trois minutes du vainqueur.

« On se sent comme à la maison au-delà des 2 000 m d’altitude », Miguel Angel Lopez

Un à un, les équipiers des favoris ont décroché, laissant les leaders s’expliquer entre eux dans les pentes vertigineuses de la Loze. A ce jeu, une fois de plus, la Jumbo-Visma s’est montrée la plus forte. N’ayant pas eu à faire le train, Sepp Kuss s’est mué en un relais de poids pour le maillot jaune dans les derniers kilomètres. « Dans cette ascension très dure, chaque mètre compte, et si on peut avoir un peu d’aide, c’est mieux », a salué Roglic à l’arrivée.

Quelques heures après l’abandon annoncé d’Egan Bernal, le tenant du titre, défaillant dans le Grand Colombier dimanche, son coéquipier Richard Carapaz s’est à nouveau illustré en tête de course. Premier Equatorien à disputer le Tour de France, le coureur de la formation Ineos-Grenadiers a longtemps résisté en solitaire au retour du groupe maillot jaune, après avoir éjecté de sa roue ses compagnons d’échappée, Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) et Gorka Izagirre (Astana).

Lire aussi : Vainqueur l’an passé, Egan Bernal abandonne le Tour avant l’étape reine

Une impressionnante débauche d’énergie, mais insuffisante pour lever les bras à l’arrivée. Un autre débutant, Miguel Angel Lopez, a tiré son épingle du jeu. Plus aérien, le leader d’Astana remporte l’étape, et grimpe sur le podium à la place de Rigoberto Uran (Education First). « On connaissait cette ascension finale, on se sent comme à la maison au-delà des 2 000 m d’altitude », a souri le Colombien après sa victoire, heureux d’avoir retrouvé dans les Alpes une course plus débridée, laissant plus de place aux attaques.

Si le col de la Loze n’a pas été un feu d’artifice, l’arrivée inédite a révélé, comme prévu, un nouveau géant des Alpes. Pour le reste, l’étape reine du Tour de France 2020 a sans doute entériné son vainqueur.

Lire aussi : Le parcours et les classements du Tour de France 2020, étape par étape

Articles liés

Réponses