« Très haut, très raide, hors norme » : le col de la Loze, nouveau géant du Tour de France – Le Monde

Les pentes impressionnantes du col de la Loze, dans le massif de la Vanoise.

Le Tour de France a-t-il déniché son Angliru ? Son Mortirolo ? Prononcera-t-on bientôt le nom « col de la Loze » avec le même respect teinté d’effroi que ses homologues de la Vuelta ou du Giro ? Alors que la fin de la 107e édition de l’épreuve se profile, la 17e étape, mercredi 16 septembre, promet un feu d’artifice, avec son arrivée inédite.

« Ce sera l’étape reine avec un final violent, très violent », a soufflé Tadej Pogacar mardi. Nouveauté sur le Tour de France, le col de la Loze promet un règlement de compte en très haute altitude (2 304 m). « C’est une arrivée de purs grimpeurs, personne ne peut se cacher derrière un équipier, augurait Thibaut Pinot avant le départ de Nice. Ce sera une vraie bataille. » Avant que le sort ne l’éjecte de sa selle et de la course au podium, le Français espérait alors jouer sa carte dans cette arrivée au sommet « tombée du ciel », comme le formule Thierry Gouvenou, le directeur de course du Tour.

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Qu’on se rassure, nul tremblement de terre n’a ébranlé le massif de la Vanoise pour ouvrir un passage entre Méribel et Courchevel. Mais pour attirer un public de cyclotouristes – et le Tour de France –, la ville de Méribel a décidé de goudronner l’un des innombrables chemins forestiers qui croquent les lignes de dénivelé en zigzag jusqu’aux cimes. Réservée aux vélos, cette voie inédite a été ouverte en mai 2019, et a stupéfait le patron du Tour. « C’est quelque chose que l’on ne connaît pas, qui n’existe pas, tout simplement », exprimait Christian Prudhomme après l’annonce du tracé, en octobre 2019.

« C’est le “mur de Huy”, mais sur plusieurs kilomètres »

« Ils ont goudronné une route qui servait pour les travaux des remonte-pentes, en épousant juste son tracé, expose Thierry Gouvenou. Ce qui donne des passages incroyables à plus de 20 %, des replats et même des moments où ça redescend. » Une succession de murs, quelques replats, de courts lacets suivis de raidillons et d’incessantes ruptures de pentes, là où les montées en stations françaises sont d’ordinaire très linéaires. « Pour nous, c’est un terrain de jeu incroyable, avec les sept derniers kilomètres complètement hors norme ! », s’enthousiasme le directeur de course. « C’est le “mur de Huy”, mais sur plusieurs kilomètres », tranche Warren Barguil (Arkea Samsic), en référence au monument de la Flèche wallonne.

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Comme de nombreux coureurs, le grimpeur de la formation bretonne est allé reconnaître ce col, ajouté au tracé du Tour après un seul passage du Tour de l’Avenir en 2019. La montée « la plus dure des Alpes », avait insisté le Norvégien Tobias Foss, vainqueur de cette Grande Boucle espoirs. « Si vous avez une défaillance dans une pente comme ça, ça peut vite devenir très, très compliqué », avertit Warren Barguil, qui anticipe une arrivée au sommet pleine d’incertitudes : « On peut être super bien la veille, et vraiment coincer ce jour-là. Et dans des pentes aussi raides, en altitude en plus, ça peut vite faire de très gros écarts. » Roglic, Pogacar et les autres sont prévenus…

Ayant déjà avalé le très riche menu montagnard concocté par les organisateurs de l’épreuve pour les deux premières semaines, plus d’un coureur aura un léger haut-le-cœur à l’heure d’entamer ce dessert écœurant, ses 21,5 km de montée à 7,8 %. Pour augmenter le spectacle et la compétition, la tendance est aux sensations fortes : « Plus haut, plus raide, plus fort. »

Les responsables des courses ont constaté qu’accumuler trois ou quatre grands cols illustres aux pourcentages moyens n’apportait rien, sinon de la fatigue aux coureurs, « en revanche, sur des cols assez courts et pentus, on peut créer des écarts », observe Thierry Gouvenou. Outre le col de la Loze, il a également sorti de son chapeau le col de la Lusette (Cévennes) ou le puy Mary (Cantal) cette année.

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« Un combat contre la pente »

« Il faut des cols durs pour avoir des belles courses, corrobore Thibaut Pinot. Les niveaux sont tellement élevés, que des cols à 7 % ou 8 %, tellement d’équipiers ont le niveau des leadeurs qu’on est obligés de passer par des cols très raides. C’est pour ça qu’en Italie ou en Espagne, on peut avoir des belles batailles : il y a des pourcentages où l’aspiration ne joue plus, donc il n’y a plus d’équipiers, il n’y a plus rien. » Sur le Giro comme sur la Vuelta, certains cols hors norme ont marqué les esprits.

« On sait que dans ce type de montée, c’est chacun pour soi. On ne monte pas très vite. C’est un combat contre la pente », se souvenait l’ancien grimpeur français, David Moncoutié, dans Ouest France, au sujet de l’Alto de l’Angliru. En deux décennies, le col des Asturies est devenu un mythe chez les grimpeurs. Du haut de ses 1 710 m d’altitude, l’épouvantail de la Vuelta (du 20 octobre au 8 novembre), de nouveau au programme cette année, agresse les coureurs par ses pentes de chemins de chèvres et son irrégularité.

Pour le Français Kenny Elissonde, qui avait dompté le géant d’Espagne en 2013, le col de la Loze semble boxer dans la même catégorie. Le grimpeur de la Trek-Segafredo se réjouit de l’arrivée d’un monstre de pierre, à même de secouer le peloton. « Le Tour, c’est aussi des journées héroïques, des grands raids solitaires à la Richard Virenque. Et elles ne passent que par des étapes ultradifficiles. »

Quel que soit le coureur à franchir le premier la ligne d’arrivée, mercredi, à 2 304 m d’altitude, il sera sur les épaules d’un géant. Et aura mérité de découvrir le panorama à couper le souffle qu’offrent les lieux. « Ce col va entrer dans la légende du Tour en un rien de temps, il a tout pour le faire, conclut Thierry Gouvenou. Très haut, très raide, et un paysage incroyable de très haute montagne : c’est vraiment hors normes. » Les cyclistes du monde entier pourraient bientôt se presser sur les pentes du nouveau toit du Tour, pour le gravir en pèlerinage.

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