Usure, édile et interminable ascension, le Tour de France à lassaut du Grand Colombier – Le Monde

Covid-19 oblige, on a bien cru ne pas avoir de Tour de France en 2020. Et puis, avec deux mois de retard, et une bulle sanitaire plus tard, voilà les coureurs de la Grande Boucle embarqués pour 21 étapes et 3 484 km sur les routes de France. Petit aperçu de la journée à venir.

  • Au menu du jour, étape 15 : Lyon – Grand Colombier (174,5 km)

En jetant un coup d’œil sur le profil du jour, les coureurs, déjà essorés par deux semaines de compétition, ne penseront qu’au jour de repos qui suivra. Car le menu de ce dimanche a de quoi en décourager plus d’un. Surtout le dessert.

Après une centaine de kilomètres plats comme une assiette, les coureurs devront passer trois rampes sévères. La montée de la Selle (11,1 km à 8,1 %) et le col de la Biche (6,9 km à 8,9 %) d’abord, classés première catégorie. Et l’interminable Grand Colombier (hors catégorie) pour finir (17,4 km à 7,1 %), au sommet duquel sera jugée l’arrivée de cette étape.

Le calme avant la tempête.

Déjà franchie à quatre reprises par le Tour de France (2012, 2016 deux fois, 2017), la « pyramide du Bugey » n’en avait jamais accueilli le finale d’une étape. Nul doute que certains aimeraient en profiter pour faire cogiter Primoz Roglic avant le jour off. Mais, pour une bonne partie du peloton, il s’agira de boucler sans trop de dégâts et dans les délais cette journée.

Largué pour la victoire finale (28e à plus d’une heure de Primoz Roglic), on rêverait voir Thibaut Pinot lever les bras dans l’Ain. Les victoires au sommet, ça le connaît. Personne n’a oublié celle au Tourmalet, l’an passé, qui ravivait les espoirs de victoire finale – douchés ensuite par une blessure à l’origine toujours mystérieuse. Plus tôt dans sa carrière, il avait triomphé à l’Alpe-d’Huez (2015) et à Porrentruy (2012), au terme d’une étape bien escarpée.

Lire aussi Tour de France 2020 : les Pyrénées fatales aux ambitions de Thibaut Pinot

Mais pour remporter un quatrième bouquet sur la Grand Boucle, le Franc-Comtois devra être en pleine possession de ses moyens. Ce que ses dernières sorties ne laissent guère augurer. On se satisferait largement, sinon, d’un succès de Warren Barguil. Car le Breton connaît plutôt très bien le Grand Colombier : il l’avait passé en tête en 2017.

  • Le vainqueur de la raison

Lui aussi a déjà vaincu le Grand Colombier. Il y a même déjà remporté une étape du Tour de l’Ain, le 9 août. Et il a plutôt donné des gages de bonne forme depuis le départ niçois de ce 107e Tour de France. Le Slovène Primoz Roglic, maillot jaune devant son compatriote Tadej Pogacar (44 secondes), aura certainement à cœur d’enfoncer le clou pour conclure ce deuxième tiers de course. Imperturbable, le leader de l’équipe Jumbo-Visma, trentenaire, maîtrise ses adversaires quand le bitume monte. Sauf Pogacar, qui a prévenu qu’il attaquerait s’il avait les jambes. Souhaitons-lui de les avoir !

Rien ne sert d’user son équipe pour amener un sprinteur sans jus. Toute la journée de samedi, les coureurs de l’équipe Bora-Hansgrohe ont déroulé leur plan à merveille. Aux commandes du peloton, les coéquipiers de Peter Sagan ont accéléré dès que ça montait pour dégraisser le peloton, et lâcher les concurrents du Slovaque pour la victoire. Plan parfaitement appliqué. Porteur d’un maillot vert normalement réservé à Peter Sagan, Sam Bennett a vite été distancé de plusieurs minutes.

Puis vint Lyon. La victoire a d’abord échappé à la Bora sur les attaques des Sunweb, Tiesj Benoot, Marc Hirschi puis Soren Kragh Andersen – vainqueur final. Mais même le sprint de ce qui restait du peloton fut trop dur pour Sagan. L’ex-champion du monde n’a pris que la quatrième place. Il se consolera avec les 23 points repris au classement pour le maillot vert à Sam Bennett, qui en compte toujours 43 d’avance.

Lire aussi : A Lyon, Peter Sagan gâche encore les plans de son équipe
Grégory Doucet, maire amère.

Le maire de Lyon est finalement monté sur le podium, au terme de l’étape. Rien d’étonnant à première vue de retrouver là l’édile de la ville d’arrivée. Sauf que l’écologiste Grégory Doucet, élu premier magistrat de la capitale des Gaules lors des dernières municipales, a tenu récemment des propos peu amènes sur la Grande Boucle. Le Tour ? « Machiste et polluant », avait-il jugé, le 9 septembre, dans les colonnes du Progrès, avant de développer sa réflexion, considérant que l’épreuve n’était pas « écoresponsable ». Trois jours plus tard, Grégory Doucet a pris part à la fête. Et assisté à la remise du maillot vert. Forcément.

Le Tour post-confinement

Deux mois, c’est le temps qu’a duré le confinement imposé par le coronavirus dans l’Hexagone. Et puisqu’on va sillonner les routes nationales et autres départementales, nous nous proposons de raconter des histoires jaillies pendant le confinement.

Quatorzième arrêt, la Croix-Rousse, la Croix-Rousse, deux minutes d’arrêt.

Quel autre quartier lyonnais que celui de la Croix-Rousse pour une expérience cinématographique collective ? Sur le plateau, tout là-haut, en face de Fourvière, « la colline qui travaille » cultive depuis des siècles un esprit libertaire. Et qu’on y soit né ou que l’on choisisse d’y vivre, ce n’est jamais tout à fait par hasard.

Croix-roussien depuis une dizaine d’années, Ludovic De Champs, menuisier de profession et gueule de canut, s’est transformé le temps du confinement en projectionniste. En guise de cinéma Paradiso, sa cour d’immeuble, enfin la cour partagée avec cinq immeubles dont le sien. « On avait disposé un petit projecteur qui crachait pour trois des cinq immeubles, au bout d’un moment, un autre voisin est descendu avec un projecteur et l’on s’est mis à deux pour couvrir toute la cour sur deux murs », raconte-t-il.

La séance a eu lieu tous les soirs, juste après les applaudissements de 20 heures en direction du personnel soignant. A l’affiche, une sélection de courts-métrages : « On a démarré avec des vieux, vieux Walt Disney. Puis, on a essayé de trouver des films produits à Lyon, notamment dans l’école d’animation locale. On a aussi trouvé des courts sur le Net. L’idée était que cela marche aussi bien pour les adultes que les enfants. »

S’enchaînent trois à quatre films de cinq minutes environ : « Les gens ne sont pas forcément bien installés à leurs fenêtres, après vingt minutes, ça commence à tirer… » Avec le changement d’heure, la projection est devenue rapidement trop tardive pour les enfants. Le moment de partage se réalisera alors tous les week-ends.

A l’affût de belles histoires, les médias ont rapidement eu vent de ce cinéma urbain et en plein air. Le premier article de France Bleu provoque un effet boule de neige. France 3 Lyon réalise un reportage. Ludovic De Champs reçoit jusqu’à trente appels de journalistes : « J’ai arrêté de répondre au bout d’un moment, l’idée était de faire un truc entre nous, pas quelque chose de médiatique. »

Au moment du déconfinement, en mai, le rendez-vous s’arrête « naturellement ». « Les gens étaient moins chez eux, il faisait beau et puis il fallait décaler l’horaire à chaque fois, explique-t-il. Mais on en refait un ce soir… »

Avec son voisin et coprojectionniste, l’ambition est désormais de continuer de temps en temps, en organisant la séance par un mot, un message balancé sur un groupe WhatsApp commun. « On avait déjà pas mal de liens sociaux dans ces immeubles. On entretient un jardin ensemble en cogestion. Les projections ont quand même ramené des gens. Des voisins qui ne donnent pas sur la cour en ont entendu parler et en ont profité pendant le confinement », ajoute-t-il.

Les deux hommes envisagent un ambitieux projet : « Cela pourrait s’appeler “De court en cour et on passerait dans des cours d’immeubles de la Croix-Rousse. Ça nous plairait mais lorsque l’on regarde les immeubles du coin, peu ont la chance d’avoir un espace collectif comme le nôtre. On doit encore creuser. »

Coupée du reste de la ville de Lyon, perchée sur son plateau, la Croix-Rousse est l’endroit idéal : « Ça se prête bien à cela. Il y a un microcosme qui fait que les habitants possèdent ce sentiment de vie de village. »

Parce que le Tour est plus qu’une épreuve sportive pour les Français, nous vous enverrons chaque jour une carte postale gourmande. Promis, nous aurons plus de mesure qu’Obélix et atteindrons plus vite la satiété.

A Lyon, royaume de la cochonnaille, on a évité les bouchons mais cédé à une revisite dans l’air du temps des saucisses, saucissons et de leurs variantes, chez SO6 La Saucissonnerie, sur le plateau de la Croix-Rousse. En apéro, du classique avec une saucisse au fenouil, un saucisson de Haute-Loire et une rosette. En plat de résistance, une salade de cervelas revisitée avec de la saucisse de Francfort ou encore un gratin de chorizo et de courgettes. Pour finir ce gueuleton, un délicieux et onctueux tiramisu au café et au marron.

Le Tour post-confinement

Deux mois, c’est le temps qu’a duré le confinement imposé par le coronavirus dans l’Hexagone. Et puisqu’on va sillonner les routes nationales et autres départementales, nous nous proposons de raconter des histoires jaillies pendant le confinement.

Quatorzième arrêt, la Croix-Rousse, la Croix-Rousse, deux minutes d’arrêt.

Quel autre quartier lyonnais que celui de la Croix-Rousse pour une expérience cinématographique collective ? Sur le plateau, tout là-haut, en face de Fourvière, « la colline qui travaille » cultive depuis des siècles un esprit libertaire. Et qu’on y soit né ou que l’on choisisse d’y vivre, ce n’est jamais tout à fait par hasard.

Croix-roussien depuis une dizaine d’années, Ludovic De Champs, menuisier de profession et gueule de canut, s’est transformé le temps du confinement en projectionniste. En guise de cinéma Paradiso, sa cour d’immeuble, enfin la cour partagée avec cinq immeubles dont le sien. « On avait disposé un petit projecteur qui crachait pour trois des cinq immeubles, au bout d’un moment, un autre voisin est descendu avec un projecteur et l’on s’est mis à deux pour couvrir toute la cour sur deux murs », raconte-t-il.

La séance a eu lieu tous les soirs, juste après les applaudissements de 20 heures en direction du personnel soignant. A l’affiche, une sélection de courts-métrages : « On a démarré avec des vieux, vieux Walt Disney. Puis, on a essayé de trouver des films produits à Lyon, notamment dans l’école d’animation locale. On a aussi trouvé des courts sur le Net. L’idée était que cela marche aussi bien pour les adultes que les enfants. »

S’enchaînent trois à quatre films de cinq minutes environ : « Les gens ne sont pas forcément bien installés à leurs fenêtres, après vingt minutes, ça commence à tirer… » Avec le changement d’heure, la projection est devenue rapidement trop tardive pour les enfants. Le moment de partage se réalisera alors tous les week-ends.

A l’affût de belles histoires, les médias ont rapidement eu vent de ce cinéma urbain et en plein air. Le premier article de France Bleu provoque un effet boule de neige. France 3 Lyon réalise un reportage. Ludovic De Champs reçoit jusqu’à trente appels de journalistes : « J’ai arrêté de répondre au bout d’un moment, l’idée était de faire un truc entre nous, pas quelque chose de médiatique. »

Au moment du déconfinement, en mai, le rendez-vous s’arrête « naturellement ». « Les gens étaient moins chez eux, il faisait beau et puis il fallait décaler l’horaire à chaque fois, explique-t-il. Mais on en refait un ce soir… »

Avec son voisin et coprojectionniste, l’ambition est désormais de continuer de temps en temps, en organisant la séance par un mot, un message balancé sur un groupe WhatsApp commun. « On avait déjà pas mal de liens sociaux dans ces immeubles. On entretient un jardin ensemble en cogestion. Les projections ont quand même ramené des gens. Des voisins qui ne donnent pas sur la cour en ont entendu parler et en ont profité pendant le confinement », ajoute-t-il.

Les deux hommes envisagent un ambitieux projet : « Cela pourrait s’appeler “De court en cour et on passerait dans des cours d’immeubles de la Croix-Rousse. Ça nous plairait mais lorsque l’on regarde les immeubles du coin, peu ont la chance d’avoir un espace collectif comme le nôtre. On doit encore creuser. »

Coupée du reste de la ville de Lyon, perchée sur son plateau, la Croix-Rousse est l’endroit idéal : « Ça se prête bien à cela. Il y a un microcosme qui fait que les habitants possèdent ce sentiment de vie de village. »

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