Violentes émeutes à Bogota après une bavure policière filmée – Le Monde

Barricade incendiée lors d’une manifestation contre les violences policières, le 10 septembre à Cucuta.

Un contrôle policier brutal filmé avec un téléphone portable, un homme qui succombe à son arrestation, une ville qui s’insurge. Le scénario se répète. Pendant deux nuits d’affilée, celle du mercredi 9 et du jeudi 10 septembre, c’est Bogota et sa banlieue qui se sont enflammées. Les violentes émeutes s’y sont soldées par la mort de sept personnes dans la capitale. Selon la maire de la ville, Claudia Lopez (écologiste), plus de 300 personnes ont été blessées, dont 66 par balles. Trois autres personnes sont mortes à Soacha, dans la banlieue de la capitale, et une femme a été renversée par un bus volé par « un vandale », selon le ministre de la défense, Carlos Holmes Trujillo.

« C’est une situation exceptionnellement grave : 66 blessés par balles, c’est pire que le bilan d’un combat », a souligné l’élue, qui a opté pour critiquer ouvertement « l’utilisation excessive des armes à feu par les policiers ». Et de s’interroger : « Quel type de formation reçoivent-ils pour avoir cette réponse absolument disproportionnée à une manifestation ? » Cent quatorze membres de la force publique ont été blessés.

Des incidents ont également éclaté dans les villes de Medellin, Cali et Barranquilla. La formule du président Ivan Duque (droite) évoquant « une erreur de procédure policière » n’était pas faite pour calmer les esprits. De nouvelles manifestations étaient prévues dans la soirée de jeudi. Le ministre de la défense a annoncé que les deux policiers coupables de la bavure ont été immédiatement suspendus de leurs fonctions et qu’ils seraient mis à la disposition des tribunaux militaires. Mais, jeudi soir, il a renvoyé aux manifestants la responsabilité de la violence, condamnant « deux jours de vandalisme systématique et coordonné ». Sur les murs de Bogota, le sigle « ACAB »  a fait son apparition : « All cops are bastards » (« tous les flics sont des salauds »).

« S’il vous plaît, je n’en peux plus »

Cinquante-trois postes de police ont été saccagés à Bogota mercredi soir. Les manifestants s’en sont également pris aux véhicules officiels et aux bus de la ville. Pour la sénatrice de gauche Angela Maria Robledo, « ces scènes disent la rage, la douleur, l’indignation d’un peuple et montrent le visage terrible d’un Etat qui n’a jamais d’autre solution à proposer que la répression ». Sur les réseaux sociaux, l’indignation suscitée par les images de la mort de l’homme arrêté a cédé le pas au débat sur la légitimité des violences qui ont suivi.

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